Saturday, July 24, 2010

Mon mari en vaut la peine, entretien téléphonique avec Tapia Suyoani Mayola (II)

Deuxième Partie : Prison Kilo 5 et Demi à Pinar del Río

(N. du T. : la prison se trouve à 5,5 Km de la ville, d'où le nom)

Fragment de la bande audio de l'interview :

- Quand décides-tu de suivre la destination d'Horacio et partir de Ciego de Ávila à Pinar del Río ?

C'était difficile qu'on m'autorise, en tant que médecin, à faire des visites après le transfert d'Horace. Nous voulions que notre relation marchat et j'ai du m'installer ici. D'ailleurs, je ne pouvais pas tenir le rythme des déplacements depuis Ciego de Ávila.

Ça fait quatre ans que j'habite toute seule ici à Pinar del Río, je n'ai que sa famille à lui et les amis que j'ai fait depuis mon arrivée. Les familles des autres détenus m'ont appuyée, je logeais chez la famille de Víctor Rolando Arroyo, par exemple, quand je venais pour les visites.

Ça a été dur de me séparer de ma famille, je n'ai jamais imaginé d'habiter Pinar del Río et, cependant, me voilà. Et après ma belle mère est morte, ce fut un coup très dur pour Horacio et pour moi. Elle m'aidait en tout, elle est morte le 2 Mars 2008, d'un cancer.

Je suis restée bien seule, mais des mois plus tard Dieu ma donné la joie de tomber enceinte et aujourd'hui nous avons une fille agée d'un an et trois mois, elle porte le nom de la mère d'Horacio : Ada María, c'est la plus jeune Dame en Blanc.

Malgré tout cela je pense que nous sommes heureux, malgré être séparés nous avons beaucoup d'acquis : une famille sur une base solide. Les gens me disent que mon histoire resemble à un téléroman, ma mère pense que ça se voit rarement dans la vie de tous les jours. Nous deux, Horacio et moi, avons toujours eu la foi et parfois - ma mère me le dit aussi - je sens que c'est comme une mission, que Dieu seul sait pourquoi Il fait les choses ainsi.

Je ne peux pas dire que je sois complètement heureuse, il est sous les verrous et c'est très dur : nous sommes tous prisoniers, ce n'est pas une vie. J'amène ma fille à toutes les visites, ils jouent pendant deux heures et elle pleure en se séparant. Pour nous, en tant que parents, c'est aussi très difficile, il a raté beaucoup de choses : ses premiers pas, ses premiers mots. Horacio nous a beaucoup manqué, comme tant d'autres ont manqué à leurs enfants et leur épouse. Nous éspérons que tout s'arrangera et que nous pourrons vivre comme une famille, comme la famille que nous sommes en vérité.

- Es-tu toujours médecin à Pinar del Río ?

J'ai fini mon service social et j'ai continué à travailler ici, le transfert à été difficile, au début ils ne voulaient pas me donner un poste. Ma carrière est surtout pratique et j'ai toujours voulu travailler. La sécurité s'est arrangée pour que mon poste ici à Pinar del Río soit dans un endroit très écarté, il n'y avait même pas de route, il fallait s'y rendre dans une charette à cheval et ça a duré quelque six à huit mois. Quand j'étais enceinte je devais faire le voyage dans la charette avec mon gros ventre, pour aller et venir au travail tous les jours.

Avec le temps il m'ont rapproché un peu du village puis de la commune, mais malgré cela je suis loin. En tant qu'employée j'appartiens à la commune de Sandino, à trente kilomètres d'où habite la famille d'Horacio.

Ils m'ont fourni un travail, mais jamais ils ne m'ont rendu les choses faciles. Un ami médecin m'a dit quand je suis arrivée : est-tu prête pour ce que vas endurer ? Je suis convaincu que tu ne peux pas t'imaginer ce que tu vas avoir à sévir. Et c'est vrai, j'ai passé des momments très difficiles, et même pire quand j'etais enceinte, avec un ventre énorme de six, sept mois, toute seule dans une prison, j'arrivais avec trois ou quatre valises et les officiers sortaient une bascule pour commencer à me retirer des choses. Ces histoires tous les parents de prisoniers les avons vécu, mais je vois mon histoire en particulier et ce qu'on nous a fait et il y a de l'acharnement.

- Il y a-t-il un moment spécial que tu veuilles me raconter, quelque chose qui vous ait marqué en tant que couple ?

Nous avons eu des moments très durs, mais aussi très beaux dans notre relation. Je ne cache pas que parfois nous sommes tombés - comme tout le monde- mais nous avons toujours pu nous relever et la preuve la voilà : aujourd'hui nous sommes ensemble, au bout de presque sept ans de relations et plus unis que jamais, vraiment.

Il y a une histoire qui nous a marqués- c'est même marrant - parfois quelqu'un d'étranger l'écoute et lui semble normal, mais pour nous ça a un sens très spécial :

Une fois j'étais en consultation et il m'a appelé pour que je le soigne. Je pensais qu'il se sentait mal, je me suis fait du souci car j'ai cru que c'était grave. J'étais en train de faire ma consultation au milieu des détenus - le médecin de la prison généralement rentre et fait sa consultation à même la cellule - et le gardien m'a oubliée, il m'a laissée seule avec les condamnés. Je voyais Horacio qui ne cessait de m'appeler, tout à coup il est venu jusqu'à moi et sans prendre garde m'a serrée dans ses bras comme pour dire : personne n'y touche. C'est en comprenant ce qui se passait que j'ai eu peur. Après nous avons ri et je luis demandais: Qu'est-ce que tu comptais faire ? Ça a aboutit à ce qu'il me prène dans ses bras devant tout le monde !

- Quand vous êtes-vous mariés ?

Nous nous sommes mariés de 21 Mars 2007, le mariage s'est fait à la prison, quelque chose de très simple : nous avons fait venir un noraire, nous avons signé. Peut-être un jour nous pourrons mieux célébrer notre union, avec notre famille. Horacio a trois filles, l'ainée a 22 ans et nous est très proche, elle avait 16 ans quand son père a été condamné.

Peut-être avons nous obtenu des choses que d'autres couples avec une vie en commun n'ont pas réussi à avoir, je suis sure qu'il y a des ménages dans les rues, qui se voient chaque jour et qui n'ont pas ce que nous nous avons. Ce n'est pas un acte héroïque de ma part : Horacio vaut tout le sacrifice que j'ai fait, c'est lui qui m'inspire tout cela.

- Que penses-tu des pourparlers qui ont lieu en ce moment entre le gouvernement et l'Église Catholique ?

C'est très difficile d'avoir une fille seule, de voir comment cette fille marche, parle et grandit sans pouvoir voir son papa, la voir pleurer chaque fois qu'il se séparent. C'est très dur aussi de le voir lui tourner le dos et savoir qu'il demeure emprisonné derrière des barreaux, ne pas savoir s'il mangera, s'il sera bien. Donc, tant que ce ne sera pas contre nos principes, je remercie infiniment tout ce qui se fasse en faveur de sa liberté et de celle des autres détenus.

Il y a un mois, il n'y avait pas de lumière dans ma vie, je vivais juste pour vivre mais aujourd'hui j'ai l'espoir de pouvoir former une famille, de donner à ma fille un foyer stable. La place de son père est irremplaçable, ni les grand-parents ni personne d'autre peut la remplir, alors cette possibilité de vivre ensemble, d'avoir une vie normale, commme il se doit, c'est quelque chose que j'apprécie.

(Fin de l'interview)

Traduit par S.J.B.

Thursday, July 22, 2010

Mon mari en vaut la peine, entretien téléphonique avec Tapia Suyoani Mayola (I)

J'ai appris par hasard l'histoire de cette médecin de vingt-neuf ans et son mari, Horacio Piña Borrego, 42 ans, journaliste indépendant emprisonné pendant la cause des 75. Pendant que l'on me racontait l'odyssée de son destin il me semblait que je lisait un chapitre de "Les Hauts de Hurle-vent". Ces choses ne se passent pas dans la vraie vie, je pensais, et s'ils se passent, je dois aller parler à cette femme, je dois raconter cette histoire.

Un ami commun nous a connecté et j'ai décidé de lui téléphoner pour qu'elle me donne son témoignage. Les mots de Suyoani ont pénétré mon âme et, même si l'on dit que tout par téléphone est plus cool, j'ai aussi pleuré quand elle a pleuré de l'autre côté du combiné. Je ne pensé pas à publier une interview, plutôt raconter son histoire, mais après l'avoir enregistré, changer la vie de cette jeune fille avec mes mots me semblait un sacrilège.

Première partie: Prison de Canaleta, province de Ciego de Avila

Fragmento del audio de la entrevista:

- Comment as-tu rencontré Horacio dans la prison de Canaleta?

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans une cellule de punition. Il a été choquant pour moi car je n'étais pas un médecin de la zone d'isolement, j'étais en service de permanence et on m'avait cherché parce que Horacio se sentait mal.

Quand je suis entré dans le couloir tout ce qu'il y avait été une ampoule à incandescence, la lumière du soleil n'y pénètre pas parce que les fenêtres sont fermées avec un morceau de zinc. C'était un vaste espace, je ne peux pas te dire la longueur, il est incomparable, il y avait beaucoup de cellules très petites, extrêmement petites. Et il y étaient cinq de la cause des 75: Raúl Rivero, Ariel Sigler Amaya, Luis Milán Fernández, Pedro Pablo Alvarez et mon mari, Horacio Piña.

Je me souviens que Horacio avait un mal de tête et de l'hypertension artérielle. Quand je l'ai vu à travers cette porte, ça a été extraordinaire, à partir de ce moment, nous avons tous deux réalisé que quelque chose allait se passer. À l'époque, je n'ai jamais pensé que nous allions finir par former un mariage, que au moment donné nous aurions même une fille. Cependant, c'était magique, j'ai beaucoup de foi et dans ces conditions, connaître une personne, tomber dans l'amour et formaliser après un mariage et une famille, il doit vraiment être l'oeuvre de Dieu.

- Pourquoi étaient les cinq dans des cellules de punition?

Il n'y avait aucune raison pour cela, c'était la place que les autorités ont cherché pour eux. Il s'agit de la cellule de punition pour les criminels de droit commun, mais c'est aussi la zone d'isolement. Quand ils ont étés emprisonnés on les avait mis là avec les condamnés à la mort et à la peine à perpétuité. Horacio y était un an et quatre mois.

- Quand est-ce que vous vous êtes rendus compte que vous étiez tombés amoureux?

Au début, nous étions juste des amis, en dépit qu'il y avait toujours beaucoup d'identification entre nous. Le treize mai 2004, nous avons eu le premier baiser, près d'un an après notre rencontre, parce que, comme il était dans la zone d'isolement, nous ne nous voyions pas si souvent, seulement une ou deux fois par mois.

Dans la prison le rapport des détenus avec les fonctionnaires et les médecins est très difficile, on m'a parlé très mal d'eux. Mon mari me raconte que plusieurs fois il a essayé de faire la conversation, mais il avait peur de me décevoir ou de me dire quelque chose de mal, en plus dans sa situation. J'avais envie de lui parler, mais j'avais aussi peur.

Il a fallu longtemps avant que nous nous parlions, seulement lorsque il a été transféré avec les autres prisonniers nous avons commencé à nous voir presque tous les jours et nous avons commencé la relation; je prenais soin des malades chroniques et il avait diverses maladies.

Notre union a été très forte, malgré autant d'adversité: nous n'avons jamais parlé de quelque chose de temporaire, au contraire, nous avons toujours fait des plans pour l'avenir. Nous avons eu beaucoup de difficultés parce qu'il y a des choses que l'on ne peut pas cacher: la Sécurité s'est rendu compte qu'il y avait quelque chose, que je les aidait, non seulement pas à lui mais aussi aux autres. Ils ont commencé à nous surveiller, malgré qu'ils ont jamais obtenu des preuves manifestes de notre relation, ils l'imaginaient. Après, Raúl Rivero a écrit un poème racontant notre histoire, et la Sécurité l'a trouvé.

Horacio est merveilleux, la personne que j'ai choisi comme modèle, je compte sur son soutien, il me donne une grande force de vivre et de continuer. Certaines personnes m'ont dit: "Mais comment est-ce possible? Tu es une jeune femme, tu as toute une vie devant toi. Que fais-tu unie à un homme condamné à vingt ans? Je simplement réponds: Mon mari en vaut la peine.

- Quelles sont les conséquences d'avoir étés découverts? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta vie personnelle et professionnelle?

On est venu me chercher au cabinet, j'étais justement en train de soigner Horacio, ils sont arrivés cinq agents de la Sécurité et ils m'ont amené dans un bureau, tout cela est arrivé devant lui. Ce fut un moment terrible, il savait que quelque chose n'allait pas et il a dit aux policiers: "Interrogez moi, laissez-le!".

Ils ont essayé de me faire avouer. Je suis un médecin, j'étais un travailleur civil du Minint (Ministère de l'intérieur) et je faisais des services sociaux, on n'était qu'un homme et une femme, ils ne pouvaient pas m'accuser de quoi que ce soit. Ils ont essayé de m'intimider avec ma famille, me menaçaient: qu'ils allaient dire à mes parents. Un officier m'a demandé dans une interview comment était-il possible pour un médecin, diplômé dans la révolution, tomber en amour avec un terroriste. A cette occasion, je lui ai répondu: il semble que nous n'avons pas la même notion de terrorisme, Horacio Piña n'est pas un terroriste.

J'ai été transférée à une autre unité du Minint, et ensuite on l'a envoyé à Pinar del Rio. Le dernier entretien à Canaleta a été le 18 juillet. Horacio a été déplacé la nuit du 11 août au Combinado del Este (La Havane) et plus tard à Pinar del Rio. C'est à dire, il n'est resté que quelques jours à Ciego de Avila après que j'aurais été envoyée à l'autre unité, pour un travail plutôt bureaucratique, rien liées aux prisons. Ils ont dit qu'ils ne voulaient pas perdre un médecin, alors j'ai fait un échange de poste: une médecin d'une école était intéressé à changer d'emploi, elle a rejoint le Minint et je suis allé à l'école.

- Alors, on ne t'a pas laissé continuer à travailler dans les prisons?

Non, ils savaient que, étant donné que j'avais une relation avec lui, j'allais l'aider. Ils ne veulent pas, ne peuvent même pas imaginer qu'il y aie quelqu'un qui puisse rendre les choses plus faciles aux prisonniers. J'ai eu des moments de grande pression, un jour j'attendais le bus pour aller au travail, et à l'arrêt du bus une dame disait à un autre: "Il y a une médecin avec un terroriste de la prison ici à Canaleta".

Ce signe de "Docteur avec Terroriste", ce sont eux qui se sont pris en charge de le divulguer dans ma province. Pour ma famille ça était très difficile aussi, mes parents ont été convoqués au lieu de travail. C'étaient des moments très difficile pour tous, y compris lui, parce qu'il se sentait impuissant pendant que je souffrait toute cette situation.

- Qu'en est-il de ta famille, comment a-t-elle réagi à une telle pression?

J'ai une famille merveilleuse ... Je peux à peine parler. Dans le cas de mon père, parce que ma mère est une personne un peu plus calme, il m'a dit: - "Si nous ne t'aidons pas, qui va le faire? Tu es ma fille". Le souvenir me fait mal.

Le jour où la Sécurité m'a interrogé, ils ont aussi interrogé mon père. Le lendemain matin, je partait pour le travail et il m'a demandé si j'avais besoin qu'il m'accompagne:

- Papa, je peux aller seule- et il m'a dit.

- Lève ta tête alors, tu n'as rien fait pour aller avec la tête en bas.

Et pour ça je lui serai toujours remerciant, j'ai beaucoup vraiment à remercier aux deux parce que les deux travaillent et ils sont liés d'une façon ou d'une autre à ce gouvernement, avec le système. Une autre famille peut-être n'aurait pas adopté cette position. Les agents ont même demandé à mon père pourquoi je vivais encore sous son toit et il a affirmé: "Il n'y a pas question qu'elle quitte la maison, c'est ma fille et je l'aiderai à tout. Ainsi, il a toujours fait, ça fait maintenant près de sept ans et je suis ici à Pinar del Rio. Malgré d'être loin, ils n'ont m'a beaucoup aidé.

- Qu'en est-il des gens, quelle attitude ont ils pris devant la diffamation? Tes collègues, tes amis?

Nous avons reçu le soutien de nombreuses personnes, Horacio est très sociable et facile à aimer. Les infirmières nous ont beaucoup aidé et il soutient même la communication avec des gens de Canaleta. Je lui disais à l'époque "Tu as des yeux dans le dos" et il se justifiait, "Les amitiés m'alertent des dangers, me donnent des signales quand quelqu'un de pernicieux pour nous est près.

La Sécurité de l'état n'a pas réussi à nous enlever la solidarité des gens, cela est l'épine qu'ils ont coincé dans la gorge et c'est pourquoi ils ne m'ont pas laissé vivre en paix. J'ai toujours été persécutée, jamais j'ai eu un moment de tranquillité. Ici, à Pinar del Rio, par exemple, quand je commence à travailler dans un lieu, toujours la même chose arrive, au début personne ne dit rien, mais plus tard, lorsque nous nous connaissons mieux, les gens m'avouent: Docteur, je dois vous dire, avant de votre arrivée la Sécurité était ici et nous a dit que nous avions à faire rapport de tout ce que vous faisiez, le temps d'arrivée et de départ.

Ils ont appelé mes parents et ont insisté pour qu'ils me demandent de retourner, ils lui dissent qu'ils vont me donner un emploi, que je vais être situé dans la capitale provinciale, que rien ne m'arrivera ... même ça ils ont osé dire.

(Fin de la première partie de l'interview)

Traducteur: Denis

Saturday, July 17, 2010

Tristes routes


Cliché: Claudio Fuentes Madan

En tant que femme pratique, j'ai pensé profiter de mon voyage à Santa Clara pour acheter sur la route les produits qui sont difficiles à trouver à la capitale ou ont un prix fort élevé. Depuis que j'étais toute petite je me souvient des paysants en train de vendre au bord de la route. Eux mêmes sèment ou élèvent et vendent leurs marchandises directement aux voyaguers.

J'ai été surprise par le désert de vendeurs ambulants pendant des kilomètres et des kilomètres, ces agriculteurs ont une économie très précaire, et il est difficile de croire que la police cherche à les punir pour négocier avec ce qui nait de leurs propres mains. Dans de s maisons en bois et avec leurs vaches recensées, ils réussissent à alimenter pour quelques jours leurs familles en vendant quelques livres de fromage.

Il y en a encore quelques uns, il ne sont pas plus d'une vingtaine tout au long des kilomètres qui séparent la Havanne de Santa Clara. Peureux, quand la voiture s'arrete, il se raprochent avec précaution, car la PNR ("Police Nationale Révolutionnaire") les traque en se faisant passer par des clients.

Le garçon à qui j'ai pu finalement acherter du fromage n'avait pas 25 ans, c'est sur. Je lui ait demandé qu'est ce qui se passait quand ils étaitent pris: ils s'enfuient à toute vitesse, en essayant de sauver au moins quelque peu de leur marchandise, et les policiers leur courent après dans la montagne.

Ils leur courent après dans la montagne?!

Il est difficile de prendre au sérieux l'image ridicule d'un type en uniforme poursuivant dans un pré un paysant pour se saisir de vingt bananes. Vu que je n'allais pas faire un discours au pauvre garçon, j'ai simplement payé et je suis repartie, mais l'idée me ronde dans la tête: n'y a-t-il pas un million de personnes improductives qui touchent un salaire d'après le général Raúl Castro? Pourquoi ne pas commencer par démanteler ces postes déprédateurs de l'économie familiale et permettre aux agriculteurs de vendre leurs produits où il le veulent?

Traduit par S.J.B.

Wednesday, July 14, 2010

Celle qui ne comprends rien, c'est moi


"Ne croyez pas, ne craignez pas, ne mendiez pas."
Alexandre Soljenitsyne


Les derniers jours ont été étourdissants, partagé entre la joie et l'incertitude. Je n'ai pas dit au revoir à Pablo Pacheco, car il a été glissé hors du pays, je n'ai pas été capable de parler avec Pedro Argüelle et j'ai encore les yeux fixés sur l'image de Fariñas, figée dans l'instant où la grimace sur son visage quand il a essayé de prendre une gorgée de liquide qui était, pour lui, un agonie pure.

Je me sentais un peu déconnecté, courir ici et là, de Pinar del Rio à Santa Clara, restée renseigner sur tout ce qui passait par un vas et viens de messages texte que nous avons réussi à continuer entre amis. J'ai vu beaucoup de gens avec la foi qu'un jour nous vivrons dans un pays libre, j'ai été frappé par le réseau de solidarité en dehors de l'hôpital de Coco, plusieurs de ses fidèles amis et collègues désespérément assistaient aux hauts et bas de sa santé, jusqu'a ceux qui n'avait aucune idée, comme moi, qui est arrivé trois heures avant la visite; apportant tout ce qu'ils avaient, et qui n'est: presque rien. Je regrette sincèrement que pas un seul journaliste a pris la peine, jusqu'à maintenant, de parler avec ces gens qui pendant quatre mois, en silence, ont pris soin de la vie de l'homme le plus libre à Cuba.

Il est parfois troublant de voir tant de courage et de gentillesse dans les gens, comme la mère de Guillermo Fariñas; et tant d'indolence et tant d'hypocrisie dans les articles comme celui-ci *. Il ya des moments où il vaut mieux ne pas se connecter à Internet.

Cela me dérange profondément, horriblement, de voir la déception qui a été démontré envers les voix de la société civile dans la poursuite d'une politique opportuniste envers ceux qui vivent aujourd'hui dans mon pays: la libération des innocents. À quel moment dans l'histoire a été le dialogue entre l'Eglise et le gouvernement cubain, et avec M. Moratinos comme médiateur? Quand les prisonniers qui veulent vivre à Cuba sreont-ils libérés? Pourquoi, dans un aéroport international, "les gens libres" ne montent-ils pas à bord de l'avion comme le reste des passagers? S'ils peuvent venir à Cuba quand ils le veulent, pourquoi n'ont-ils pas pu dire au revoir à leurs amis d'aujourd'hui, ou arrêter et prendre une tasse de café à la maison avant de quitter l'île?

Aujourd'hui, pour la première fois que j'ai vu le visage de José Luis García Paneque dans une photo sur Internet, mes sentiments sont indescriptibles, ce poste deviendrait absurde si je me livrais à toutes mes questions. Je déteste dire cela, mais jusqu'à présent, un seul mot décrit l'accomplissement de ce dialogue unique qui exclut les protagonistes et les victimes de l'une des deux parties: l'exil.

Si au moins l'un des ex-prisonniers d'opinion libéré à Madrid met ses pieds sur le sol cubain de nouveau, quand Pedro Argüelles, Eduardo Díaz et Regis Iglesias seront à la maison, lorsque les laïcs Dagoberto Valdés et Osvaldo Payá seront invités à des négociations entre le gouvernement et l'Eglise Catholique, et pourront exprimer leurs opinions sur un pied d'égalité, alors nous serons engagés dans le dialogue; jusqu'à ce moment, nous parlons seulement de concessions, de la commodité et d'issues de secours.

* Note du traducteur: le lien pointe vers un article, en espagnol, intitulé «Les Cubains dissidents en Espagne font face à un avenir incertain»

Wednesday, July 7, 2010

Juan Juan Almeida, le 6 Juillet, coins de 23 et L



Texte d'ouverture:
"Mardi, 6 juin 2010, coins de 23 et L, Vedado, La Havane.

Juan Juan Almeida, après des semaines de grève de la faim, sort une seconde fois avec un signe pour revendiquer son droit de voyager pour des raisons de santé."


Pour en savoir plus sur Juan Juan, cliquez ici.

Tuesday, July 6, 2010

Réponse de Guillermo Fariñas au Journal Granma



Image: La Redención de Horus, por Luís Trápaga

Du blog: La Grève la Faim

Réponse de Guillermo Fariñas Hernández en ce qui concerne l'entrevue par Deisy Francis Mexidor, dans le Journal Granma, samedi le 3 Juillet 2010, avec le Chef dea soins intensifs à l'Hôpital Universitaire Arnaldo Milián Castro.

La réponse a été dicté par téléphone par Guillermo Fariñas à Licet Zamora Carrandi


Le journaliste Deisy Francis Mexidor a intentionnellement omis de détailler toute l'équipe médicale traitant Guillermo Fariñas Hernández. Il comprend: le Dr Armando Caballero López chef des soins intensifs et spécialiste dans le second degré, le Dr Elias Garcia Becker, au deuxième degré spécialiste de la nutrition parentérale, le Dr Luis Alberto Pérez Santos, au second degré spécialiste en soins intensifs, le Dr Mauro López Ortega, spécialiste du second degré en soins intensifs, le Dr Mario Rodríguez Domínguez, spécialiste du second degré en soins intensifs, le Dr Rodolfo Martínez Delgado, le Dr Israël Serra Machado, le Dr Ernesto Fernandez Aspiolea, spécialiste de premier degré en soins intensifs, le Dr Marcos Alonso Castro, spécialiste de premier degré en soins intensifs, le Dr Yoniel Rivero Lóbrega, résident de troisième année en soins intensifs et le Dr. Cartaya Carlos Herrera, qui ne fait pas partie de l'équipe médicale, car il remplit une mission au Venezuela, mais il est en visite à Cuba et il a participé, chaque matin, aux discussions de l'équipe médicale à l'égard de l'état d'avancement de Guillermo Fariñas, en raison de ses années d'expérience avec les diverses grèves réalisée précédemment.

Professeur Armando Caballero a fait une légère erreur parce que je suis entré pesant 53 kg le Mars 11, et à l'occasion j'ai été pesé autant que 69,75 kg. Tout cela a été merci au nutritionniste Dr Elias Becker, qui nous donne la certitude que Orlando Zapata Tamayo a été assassiné parce que si il avait reçu l'attention médicale que rapporte le journal Granma (les mêmes que j'ai reçu), à cette époque, il ne serait pas décédée .

Il a omis d'expliquer la raison de ma grève et suggéré dans le journal qu'il s'agit d'un suicide et il n'a pas été expliqué aux lecteurs que Guillermo Fariñas est en grève de la faim depuis le 24 Février, exigeant la libération conditionnelle de 25 des prisonniers politiques cubains enprisonné entant que prisonniers de conscience, parce qu'ils sont en mauvaise santé.

Je crois qu'en raison de mon état grave, ils ont utilisé l'humanitarisme des médecins pour préparer les médias internationaux pour ma mort à éventuelle. Je suis conscient que ma mort viendra et que c'est un honneur pour tenter de sauver la vie de 25 prisonniers politiques et de conscience que notre pays a besoin en tant que dirigeants. Les seuls responsables de ma mort éventuelle sont les frères Fidel et Raul Castro. J'ai confiance en l'équipe médicale et paramédical qui me traite. C'est pourquoi j'ai rejeté les différentes offres qui ont été faits pourme faire suivre dans d'autres pays. Je veux mourir dans mon pays sous le nez des dictateurs avec leurs fusils, leurs carabines, leurs canons et leurs bombes. Je n'ai que la moralité d'un membre du peuple ordinaire, induit en erreur et soumis depuis 51 ans par ceux qui ont des armes, de la violence, des lois totalitaires et de la mauvaise gestion de haut en bas.

Guillermo Fariñas Hernández

Saturday, July 3, 2010

Des Vacances


Photo: Claudio Fuentes Madan

Pendant quelques jours je prendrai de l'air, je vais écrire mais moins souvent. J'ai besoin de me reposer un peu, mon corps et mon esprit me le demandent. Ne vous inquiétez pas, je vais bien.

Des Vacances


Photo: Claudio Fuentes Madan

Pendant quelques jours je prendrai de l'air, je vais écrire mais moins souvent. J'ai besoin de me reposer un peu, mon corps et mon esprit me le demandent. Ne vous inquiétez pas, je vais bien.

Thursday, July 1, 2010

Eau Froide et Dette Éternelle



Photo: Camion remplis de vieux réfrigérateurs dans mon quartier.

Amelia a environ 50 ans et vit seule, son mari est mort dans la guerre en Angola et, depuis, elle reçoit une pension de crève faim grâce à l'Association des Anciens Combattants. Comme elle ne travaille pas pour l'État, même si elle a l'âge de travailler; à plusieurs reprises ils ont essayé de lui prendre sa pitance de 200 pesos cubains, qu'elle reçoit en guise "d'aide financière."

Depuis qu'elle a échangé son réfrigérateur pour un modèle plus énergetique, sa vie a été compliquée: elle a de l'eau froide, mais elle doit à l’État 2.000 pesos en trente versements mensuels, en plus des frais de retard, ce qu'elle n'a pas été en mesure de payer. Depuis quelques mois, un "inspecteur" a visité sa maison à chaque par semaine, pour lui laissée savoir le genre de choses terribles qui vont qui risque de lui arriver. Tout a commencé par une amende, qui est supérieure à la dette déjà impossible à rembourser par elle-même. Comme cela n'a pas fonctionné, il est passé au chantage et l'a menacé de confisquer le réfrigérateur et, enfin, la menace d'un procès.

Amelia sait qu'elle ne peut trouver cette somme, et son inspecteur, l'a prise de confiance comme elle le regarda dans les yeux, lui avoua qu'il n'a pas été en mesure de respecter son propre engagement à payer pour son réfrigérateur, lui non plus.

Dans une bizarre "Année de la Révolution Énergétique», une épithète qui a été écrite sous la date dans tout les documents officiels et sur les tableaux d'école pendant toute l'année 2006; Fidel Castro avait décidé de mettre à jour nos appareils électroménager. L'énergie n'est jamais venu, mais nos ampoules électriques, les ventilateurs et les réfrigérateurs ont été échangés contre de nouveaux, avec des promesses que nous pouvions les payer en plusieurs versements.

Quelques années plus tard, un pourcentage assez élevé de Cubains doivent des milliers de pesos à l'État, le Parti Communiste Cubain pendant ses réunions demande à militants «d'assurer le respect des engagements pris dans leurs nucleus et dans leurs quartiers», et, en passant, de «donner l'exemple par le règlement de leurs propres dettes." Mais après 50 ans - membre du Parti ou non - le dénominateur commun du Cubain moyen est l'insolvabilité. Cette faillite de l'économie familiale est le résultat d'une mauvaise gestion du gouvernement, qui exige maintenant que nous payons ce que nous avons jamais gagné.

Monday, June 28, 2010

Les Limites du Cynisme



Photo: Claudio Fuentes Madan

Une des caractéristiques de l'être raisonnable, c'est de reconnaître ses propres limites, ainsi que d'autres qui - pour des raisons logiques - doivent être respectées de sorte que la coexistence fonctionne aussi harmonieusement que possible. Certains secteurs de ma société, cependant, brisent les limites du cynisme humain sur une base quotidienne, et à la pointe de ce mouvement, nous trouvons, sans aucun doute, le journalisme officiel et son célèbre Télévision de Nouvelles Nationale (NTV).

Une des dernières modifications apportées par notre président désigné a été la modification de la loi sur l'âge de la retraite: une nuit - sans cris, sans joie, sans protester et sans syndicats furieux demandant des explications - Les Cubains ont été avertis que notre droit à la retraite serait porté de l'âge de 60 à 65 ans pour les hommes, et de l'âge de 55 à 60 ans pour les femmes. Alors, sans plus tarder, les "masses de travailleurs" du paradis socialiste ont été forcés à avaler cette pilule amère de l'état abusif et de prolonger leur vie active de cinq ans.

Mais pour certains, aucune humiliation ne suffit; hier sur NTV ils ont diffusé un petit reportage sur les "dizaines de milliers de manifestants" en France, qui ont pris la rue pour protester contre l'intention du gouvernement d'imposer une loi qui est similaire, même si elle ajoute que des mois de travail supplémentaires.

La voix douce de la journaliste nous divertissait, surrimposée sur l'écran remplis d'images d'une rue parisienne rempli de grévistes. «Les travailleurs français, dit-elle," protestent l'intention du gouvernement d'augmenter l'âge de la retraite de deux ans. "

Ou se trouve les horizons lointains de la portée du cynisme officiel? Est-ce un acte du sadisme de l'État contre la Population, ou tout simplement de la paresse des ceux-en-haut qui ont oublié d'adoucir la pilule de leurs sujets. Le Comité Central du Parti veut-il démontrer son impunité envers les travailleurs? Est-ce que ça pourrait être considéré comme une ironie planifié par les garçons du Ministère de l'Orientation de la Révolution, qui ne veulent pas prendre leur retraite cinq ans plus tard, et alors ils se glissent l'information entre les lignes pour agiter le peuple?

Je ne sais pas quelle est l'hypothèse correcte, mais quoi qu'il en soit, ce n'est rien de plus qu'un sarcasme cruel nous visant nous: pendant cinquante ans, nous n'avons pas protesté nos droits en tant que travailleurs.

Thursday, June 24, 2010

Dans l'Hopital


Marta est fatigué des hôpitaux. Elle a, comme la plupart de ses compagnons, de la malchance avec la santé publique. Un des piliers de la révolution dans laquelle elle est né, lui fait penser à un bâtiment qui s'écroule dans une miraculeuse statique, un pilier de la destruction.

Il ya quelques semaines elle a prise en charge un parent à García Calixto. Parmi d'autres vicissitudes, le patient avait besoin de sérums, qui ont été achetées sur le marché noir, la plupart des médicaments "résolu" et le traitement supervisé par des parents. Suite a de vaillants efforts ils ont réussi à convaincre l'infirmière de se souvenir du moment exact du traitement, le nom de chaque pilule et le traitement qu'ils avaient entrepris pour éviter les escarres.

Comme il y avait rarement de l'eau, ils ont apporté des seaux; comme il n'y avait aucun moyen de chauffer l'eau pour le bain, ils ont acheté un appareil de chauffage; étant donné qu'il y avait trop de chaleur dans la pièce, ils ont demandé d'emprunter un ventilateur. Ils ont tout apporté: du savon, des couvertures, de la nourriture, une chaise pour les visiteurs, de la crème, de l'alcool, des vitamines et du coton.

Le seul problème qui restait en suspens était la question de l'obstruction de la salle de bain; mais les toilettes ont toujours une eau puante rouge-verte et l'évier qui n'arraitait jamais de couler; pourraient être considéré comme mineur en vue de la couche de saleté partout, de la destruction des fenêtres et les câbles qui pendaient du plafond flottant.

Marta m'a dit qu'à la fin du séjour elle était épuisé; tout ce qu'il demande le ciel c'est de mourrir d'une crise cardiaque à la maison, sans avoir à profiter du confort de la santé publique cubaine.

Monday, June 21, 2010

Fête des Pères



La première fois que j’ai entendu parler des Dames en Blanc fut un jour de la Fête des Pères. El Ciro et Claudio Fuentes faisaient un documentaire sur l’opposition cubaine, comme contrepartie à trois jours de roman feuilleton télé de fiction à propos de la dissidence qui étaient passés à la Table Ronde (NdT : rubrique d’information de la TV cubaine).

Je n’oublierai jamais le contraste entre les personnes interviewées du documentaire et les images manipulées de la télévision cubaine. Un de mes amis dit toujours que c’est le bon sens qui permet de ne pas croire ce que raconte une seule des parties, et je lui réponds : Justement, je vis dans un pays insensé. Bien que je sache que la presse officielle ment, quand pour la première fois j’en ai la confirmation de la justesse de mon instinct, le plaisir fut ineffable : j’avais eu la preuve.

Samedi, un jour avant la Fête des Pères, je suis allée saluer les Dames, c’est à elles que je dois mes vœux les plus profonds. Pendant les vingt-quatre heures de la fête elles seront les voix des pères qui ne pourront pas jouer avec leurs enfants, et leurs robes blanches nous rappelleront que derrière les grilles du paradis socialiste il y a des hommes justes. Pablo Pacheco ne pourra pas jouer avec son fils Jimmy. Pourtant, il ne sera pas seul : dans une église de la capitale, un groupe de femmes priera pour que l’an prochaine ils puissent être réunis.

Friday, June 18, 2010

Chiens


Photo: Claudio Fuentes Madan

Je me suis évanouie seulement une fois dans ma vie: je marchais sur la 23ème avenue et j'ai vu une voiture écraser un chien. Le chauffeur et son passager se sont penchés, ont saisit l'animal par les pattes et l'ont lancé, agonisant, dans une benne à ordures à un mètre de moi. La dernière image que j'ai emportée avant de tomber : le chien tout agité, saignant au milieu des déchets tandis que mes oreilles captaient le crissement des pneus du moskvich s'éloignant à toute vitesse. Quand je me suis réveillée j'étais dans mon lit : l'amie qui m'accompagnait avait réussi à obtenir un taxi et m'avait laissée saine et sauve, bien que pas bien réveillée, à la porte de ma maison.

Peut-être que cet instant a marqué mon obsession pour les chiens errants: ils me brisent le cœur, ne pas pouvoir tous les ramasser me donne une sensation d'impuissance, je tremble en les voyant traverser les rues. L'autre jour, un de mes amis, ultra pessimiste quant à l'avenir de ce pays, se moquait de mon appréhension pour les animaux; cependant trop d'indolence s'abat sur les épaules de ce peuple et les chiens ont été les victimes directes de ce phénomène d'apathie nationale: galeux, blessés, hyper maigres et crasseux, ils font partie du paysage quotidien de ma ville, comme les arbres et les oisillons.

Le terrible de leur situation n'est seulement surpassé que par leurs compatriotes du monde animal, résidents du zoo de l'avenue 26: en plus d'être maigres, crasseux et pratiquement malades, ils vivent dans des cages minuscules pour leur taille (le toit en fil de fer qu'ont pour ciel les faucons et les aigles est vraiment décourageant) et parfois ils sont seuls, cela donne l'impression qu'ils sont là juste pour nous éduquer sur les fondamentaux de la maltraitance animale.

Traducteur: Denis

Tuesday, June 15, 2010

Ma pauvre tête



Photo : Claudio Fuentes Madan

Une amie m’envoie un courrier, très préoccupée par mon intégrité physique ; d’Espagne elle a reçu une liste de soixante-quatorze traîtres à la patrie parmi lesquels je me trouve. J’ai en effet signé une lettre, avec d’autres représentants de la société civile, demandant l’assouplissement des facilités pour vendre des aliments et la libération des voyages de citoyens nord-américains à Cuba.

La polémique me fascine, à Cuba même j’ai une autre amie bloggeuse qui m’a appelée aussitôt pour me dire qu’a son avis il fallait serrer la vis jusqu’à ce qu’il n’y ait même plus d’eau à boire, parce ce que n’est qu’ainsi que tomberait la dictature : il ne m’est même pas venu à l’idée de la traiter de « fasciste », et elle ne m’a pas non plus traitée « d’assassin castriste ». Comme il est élémentaire, notre dialogue s’acheva en parfaite harmonie : elle m’a transmis quelques interrogations et je lui ai laissé d’autres doutes.

Ce ne serait pas la première fois que dans ma petite île nous n’aurions rien à manger, nous avons déjà vécu cela –sans qu’il n’y aucun rapport avec la politique extérieure des États-Unis- après la Perestroïka et la Glasnost, qui envoyèrent soixante-dix ans de communisme droit en enfer. Je ne crois pas que la démocratie soit exportable, ni que la faim soit un détonateur de la conscience sociale. Je me suis toujours demandée à combien d’heures nous étions, le 5 août 1994 d’un « Massacre du Malecón » dans le style de celui de Tienanmen. Quelqu’un pense-t-il aujourd’hui que la Chine soit un pays démocratique ?

Depuis que j’ai l’usage de la raison la politique de la guerre froide n’a servi qu’à permettre au Ministre des Relations Extérieures de service de répéter un mantra sans fin dans tous les sommets du monde « blocus, blocus, blocus », mais les comptes privés des maîtres du pays continuent à « monter, monter, monter ». Pendant ce temps, la gauche européenne et d’Amérique latine applaudit comme si des restrictions économiques pouvaient justifier la plus longue dictature d’Occident.

Telle est mon opinion: elle peut être erronée, elle peut être juste. Il est peut-être naïf de penser que ces assouplissements promouvraient la démocratisation de Cuba, néanmoins, le contraire finit par être –quand on l’envisage froidement- aussi naïf. Je remercie tous ceux qui ont préservé vivante cette polémique sur le Web sur des bases civilisées et objectives, particulièrement Ernesto Hernández Busto dans Penúltimos Días m’a fait sentir que la Cuba harmonieuse et divergente n’est pas trop éloignée, celle-là –comme dit Reinaldo Escobar- où « la divergence politique sera dépénalisée ».
À ceux qui demandent ma tête, une seule observation : il me semble qu’ils vont devoir la disputer aux gars de la DES, eux ils la réclament depuis longtemps.

Monday, June 14, 2010

La pluie de juin

Foto: Silvia C.

Après plusieurs jours désespérants dans l'île-sauna, aujourd'hui le ciel s'obscurcit, les éclairs incendièrent les zones les plus obscures de la ville, et enfin, les grosses gouttes de cette pluie retardataire, que nous attendions depuis le mois de mai, se mirent à tomber.

Déjà, quand j'étais enfant, j'aimais beaucoup la pluie. Ma mère me disait que chaque goutte de pluie tombant sur le sol était comme les pointes d'une danseuse. Peut-être cette métaphore m'a-t-elle conduite à considérer la pluie comme quelque chose de quasi mystique : elle me lave, m'apporte la paix, me fait penser à des choses inconcevables sous la lumière crue du soleil.

Quand arrive juillet j'ai si chaud que mon cerveau se met en "surchauffe", comme le disque dur d'un ordinateur. Et lorsque s'en va la lumière - c'est à ce moment là, qu'en un acte sadique et néfaste, la centrale thermoélectrique "Guiteras" décide d'entrer en phase de maintenance, comme chaque été - et que les ventilateurs s'arrêtent, alors seule, l'odeur annonciatrice de l'averse peut me ramener au calme.

Traducteur: Catherine GAU

Saturday, June 12, 2010

La Permutation *


Photo : Orlando Luis Pardo Lazo
Mon optimisme s’assèche sans que j’aie pu profiter –à mon grand regret- un instant de cette sensation qui porte tant de noms mais qu’un seul verbe définit : croire. Une fois encore cette autre Claudia –la sceptique- reproche à la naïve : je t’avais prévenue que l’action c’était « douter ». Quand Pablo Pacheco m’a appelé, ému par les conversations initiées entre l’Église Catholique et le gouvernement cubain, je lui ai dit : Je ne me fais pas d’illusions mais je me réjouis que toi, depuis ta cellule et condamné à vingt ans pour avoir publié ton opinion, tu ne perdes pas la foi.
Quelques jours plus tard a commencé un transfert de prisonniers politiques que j’ai décidé de baptiser «La Permutation ». Toujours aussi incrédule –je me suis reprise- laisse-leur une marge de temps, peut-être vont-ils en libérer quelques uns avant que l’âme de Fariñas se libère de son corps. Quelle naïveté est la mienne est quel cynisme celui de mon gouvernement !
Quand j’ai appris – après les habituels allers et retours du Ministère des Relations Extérieures– que M. Manfred Nowak, Rapporteur Spécial du Conseil des Droits de l’Homme sur la Torture, ne viendrait pas à Cuba, tout m’a paru clair : nous sommes en présence de la Permutation, à qui ça plait, tant mieux, et sinon qu’il pourrisse dans sa prison. Je deviens même parano et je me demande si les deux décisions (dialogue Cardinal-Général et refus d’entrée du rapporteur) auraient pu surgir au même moment dans un seul esprit. Ne s’agissait-il pas, au départ, de libérer les journalistes er les dissidents malades ? À quel moment « changer de province » a pris la place de « libération » ? Emprisonner un homme pour ses idées, est-ce de la torture ? Et le changer de prison, qu’est-ce que c’est ?
Je serais enchantée que demain quelqu’un me montre l’évidence de mon erreur, que mes amis me sermonnent: « Tu es toujours si radicale ! », que les détracteurs d’Octavo Cerco envahissent le forum avec des commentaires dans le style : Claudia, tu t’es trompée ! Rétracte-toi, Raúl Castro a libéré les malades ! Mais je ne sais pas pourquoi, ce transfert de prisonniers, le refus d’entrée du rapporteur et un dialogue sans délais ni engagements me rappelle le jeu « Pique la queue sur l’âne » : cette compétition où un joueur essaie les yeux bandés de clouer la queue à sa place sur un animal dessiné, en se guidant par les cris d’un groupe qui ne se met pas d’accord sur l’endroit qu’occupe la tête de l’animal sur le papier.
* NdT : à Cuba, même si l’on est « propriétaire » de son logement, il est interdit de le vendre. Seuls sont autorisés les échanges (« permutas »). On voit ainsi des annonces d’offres sur les maisons : « Se permuta ».

Wednesday, June 9, 2010

Vivre sans eau

Photo: Leandro Feal

Parfois, ce que nous appelons dans mon pays "destin géographique" ne nous touche qu’à quelques mètres près; cela est mon cas: je vis dans le quartier d’El Vedado, dans une zone où j'ai de l'eau tous les jours. Malgré la phrase philosophique "l'homme pense comme il vit", j'essaie de sortir de mon environnement humide pour constater qu’autour de moi, d'autres apprennent à vivre sans eau.

J'ai une amie qui a renoncé il y a longtemps à avoir une cuvette de toilette blanche, l'eau arrive tous les deux jours et le réservoir n'est pas suffisant pour s’offrir le luxe de tirer la chasse à chaque fois qu'elle l'utilise: quelques marques jaunâtres lui rappellent, toutes les quarante-huit heures, que blanchir la céramique peut devenir un luxe. Toutefois, elle ne se plaint pas, il y en a d'autres -et elle le sait- qui sont dans une situation pire: chez Leo "La pipa" (le camion-citerne) arrive, dans le quartier Centro Habana, une fois par semaine. Comme la maison a été déclarée "inhabitable", elle ne peut pas mettre un réservoir sur le toit parce qu'elle cours le risque de voir un jour le toit lui tomber sur la tête. En dehors de la capitale c'est pire, il peut se passer une semaine sans qu'une goutte d'eau ne sorte du robinet à moitié cassé, qu'il ne vaut pas la peine de fixer.

Toutes ces difficultés ne peuvent être résolues -Qui rêve encore de recevoir une réponse à cette lettre envoyé une fois au Comité central, détaillant ces difficultés?- que sur le marché noir: des chauffeurs armés d'un camion-citerne, des tuyaux et beaucoup d'eau remplissent, pour quelques centaines de pesos, les réservoirs à sec et apaisent le besoin de se rafraichir que provoque les chaleurs de ce mois de juin sans pluie. Etant donné que pas tous les résidents peuvent se payer le camion-citerne illégal, il y a toujours quelqu'un qui appelle la police pour cafter et dénoncer le crime d'"acheter de l'eau sur le marché noir". Personne ne peut me convaincre du contraire, en espagnol ça s'appelle l'envie et c'est un des caractères primitifs de l'homme nouveau: la misère humaine.

Ce poison vers le bien-être de son prochain a, toutefois, des résultats étranges: il y a quelques jours un ami m'a raconté comment il avait été pris en flagrant délit de remplir ses réservoirs, car un voisin avait appelé la police et dénoncé le marchant d'eau. Mon ami est resté sans eau, le vendeur a eu une amende de mille cinq cent pesos et le voisin -c'est ici la partie totalement incompréhensible pour moi- est aussi resté sans eau, car l'État ne peut pas remercier chaque délateur avec une récompense.
Pourquoi ce voisin ne dénonce-t'il pas avec la même persévérance le gaspillage de l'eau à cause des conduites brisées et des réservoirs submergés qui pullulent dans la ville? Par exemple, le réservoir de la compagnie d'électricité à côté de mon immeuble, est toujours débordé, des sorte qu'il me fait imaginer que j'ai une fontaine au fond de l'appartement. Malheureusement, je sais pourquoi il ne le fait pas: sa combativité face au mal ne monte pas les échelons officiels, par lâcheté, parce que le réservoir de l'Etat a l'impunité pour gaspiller l'eau tandis que son voisin n'a pas le droit d'apprécier une douche; et voir tomber celui "d'en bas" est devenu, malheureusement, un sport national.

Traducteur: Denis

Tuesday, June 8, 2010

L'Ennemi



Photo: Claudio Fuentes Madan

Je me souviens encore, bien que j'étais une petite fille, des boîtes de conserve et du savon que ma mère conservais dans un panier métallique russe, avec l’objectif de nous préparer avant l'intervention militaire nord-américaine. Cela s'appelait "État d'Alerte Rouge", si ma mémoire ne me fait pas défaut, et parfois il y avait des exercice sur la façon de se protéger, auxquels - heureusement - je ne participais pas. Selon mon père, nous devions nous cacher, ma mère et moi, dans les caves des bâtiments et y attendre la fin de la guerre.

L'image était effroyable, aggravée par le fait qu’à cinq ans je ne comprenais pas la différence entre "la préparation de l'essai éternelle pour la défense" et "la confrontation armée imminente". Je croyais –en fait, je l'ai cru pendant de nombreuses années- qu'un jour j'aurais à me cacher des militaires nord-américains qui essaieraient de me tuer avec des mitraillettes.

Plusieurs fois, j'ai dit au revoir à mes jouets avec des larmes dans les yeux et j'ai lu, vers l'âge de huit ans, le journal d'Anne Frank, pour que l'exemple de cette brave fille me donne la force pendant que je jouais à survivre dans l'obscurité.

Au lycée, j'ai découvert le mensonge, j'ai été tellement vexé que je n'ai jamais rien dit à personne. Comment ont-ils pu nous terroriser ainsi pour le plaisir? À Cuba il y a une expression pour cela: elle veut dire que l'on s'est fait avoir, moi et toute ma famille: même au milieu de la période spéciale, ma mère souffrait quand elle devait ouvrir une de ces boîtes soviétiques qui allaient nous sauver de la famine sous les bombardements.

Le pire, c'est que le discours officiel n'a pas trop évolué depuis: il y a encore les stupides classes de la PMI (Préparation militaire intégrée) à l'école secondaire, avant d’avoir seize ans les adolescents sont déjà capables de ramper au sol dans le style "des soldats des forces spéciales" jusqu’à une tranchée et tirer avec un fusil de chase; de même, ils savent par cœur ce qu'il faut faire quand on est dans la folle "Alerte Rouge". Cependant, quelque chose a changé en nous (les adultes) et aussi en eux: ma mère ne garde pas de boîtes (sauf pour les ouragans), mes amis n’ont pas peur de sortir en courant avec leurs enfants dans un sous-sol pour se protéger des balles, le professeur de PMI n'est plus aussi exigeant (il sait que nous ne serons jamais derrière une vraie tranchée) et les jeunes enfants du primaire ne craignent pas d’être un jour Anne Frank.

Traducteur: Denis

Thursday, June 3, 2010

Et maintenant, qu'est-ce qu'il manque ?



Photo: Claudio Fuentes Madan

Chaque mois, je me trouve accablée par l’absence aléatoire de produits de première nécessité, ce peut être l’huile, le shampooing, le détergent, le lait, les œufs ou les serviettes sanitaires. Chaque fois qu’approche la fin du mois je suis envahie par l’interrogation : C’est à qui le tour de disparaître maintenant ?, comme si mon panier de la ménagère avait son libre-arbitre et jouait avec moi à « être déficitaire ». Parfois je ne peux pas laver, une autre fois, nettoyer est une agonie, ma poêle se morfond dans l’abandon ou ma casserole de haricots est déprimée par l’absence de son inséparable compagnon le riz.

J’essaie de chercher le moment où tout a commencé et je me surprends en découvrant que depuis que j’étais petite l’économie jouait à cache-cache avec moi. Je me rappelle encore clairement les choses pour lesquelles ma mère soupirait quand je n’avais que sept ans (nourriture, cigarettes, chaussures pour moi), les autres qui peuplèrent mes désirs d’adolescente (chocolat, viande, une paire de chaussures, savon) et j’arrive à l’âge adulte pour m’apercevoir qu’ils continuent à m’exaspérer par leur absence.

Je me demande, comme les autres Cubains, jusqu’à quand une bouteille d’acide chlorhydrique pour nettoyer la salle de bain aura une telle importance dans ma vie. Est-ce donc que, quand j’aurai quatre-vingts ans, j’évoquerai toujours avec nostalgie un rouleau de papier hygiénique ?

Tuesday, June 1, 2010

Un baiser illégal

Cette vidéo tourne « mystérieusement » dans la Havane. Sans autre préambule, je vous laisse un exemple de l’usage et l’abus d'usage que fait la Police Nationale Révolutionnaire de ses fonctions.


Saturday, May 29, 2010

Sans photo de R



Photo: Orlando Luis Pardo Lazo

Ce poste ne contient pas l'image de R parce que je n'avais pas le cœur de lui demander de me laisser photographier le trou de la piqure sur sa fesse. Il était environ deux heures du matin samedi et Ciro, un journaliste et moi-même étions chez Juan Juan lorsque l'appel est arrivé.

R criait de l'autre côté du téléphone, on pouvait entendre ses sanglots et les mots "sang" et "ils m'ont piqué", elle était juste à un pâté de maison du magasin "La Mariposa" à Nuevo Vedado, au coin de la rue de sa propre maison. Les hommes sont allés la chercher avec la voiture de Juan Juan. Quelques minutes plus tard, j'avais en face de moi une femme avec le visage couvert de sang, la bouche tuméfiée et un trou avec une auréole rouge dans son pantalon, là où on avait fait les injections: on lui avait pris le téléphone portable, donné des coups de pied et pour finir un hurlement "pique-le, pique-le plus!", ce qui heureusement n'a pas été le cas ou elle ne s'en serait pas sortie vivante. Je l'ai aidé à se doucher pendant qu'elle ne faisait que répéter "ils étaient des enfants, de l'âge de mon fils", et tremblait comme une feuille.
- Nous devons aller à l'hôpital parce que la blessure doit être cousue, après tu te reposes.

À la clinique chirurgicale, le chirurgien de garde, que nous avons réveillé, demanda:
- Qu'est-il arrivé?
- On l'a agressé, on l'a piqué, - lui ai-je dis- puis le vrai surréalisme a commencé:

Il s'est assis à un bureau, a sorti un formulaire et un stylo, a regardé R et sans transition entre le trou de sa fesse et sa routine de l'amygdalite, il s'est disposé à remplir un formulaire:
- Prénom? Nom de famille? Âge? Municipalité?.

Pendant qu'il essayait de faire écrire son stylo, j'ai tué un petit cafard qui déambulait avec satisfaction sur le tableau et contournait le formulaire sans difficulté. Quand il eut fini avec les formalités, il a jeté un coup d'oeil -j'ai pensé pour un instant qu'il ne le ferais jamais- sur la plaie.
- Un point de couture et c'est bon, calmez-vous.

Nous sommes allés faire le point. Le médecin me regardait comme si j'étais complètement hors de ma tête quand j'ai commencé à chasser les mouches de l'infirmerie: lui qui partage un bureau et écrit avec des cafards doit penser que je suis un maniaque de la propreté. R s'est allongé -je ne donnerai pas de détails sur le brancard- et le médecin a préparé le fil à coudre. Une seconde avant de voir l'aiguille dans la peau j'ai demandé:
- N'y a t-il pas d'anesthésie?
- Il ne s'agit que de deux points, ce n'est pas nécessaire.
- Les points font mal.

Juan Juan, debout à côté de moi, blanche comme le lait et avec des sueurs froides, intervint:
- Mais si on vient de lui donner des coups de pied. N'y a t-il pas d'anesthésie?.

Dieu merci, il y en avait et on lui en donné, parce que les "deux petits points" ont pris quinze minutes pour être faits et R n'était pas capable de supporter davantage de douleur. À un certain moment, tout cela était trop intense pour moi et j'ai eu envie de vomir: les mouches, le sang, la chaleur. Je suis sortie pour prendre l'air.

- Qu'est-ce que c'est que ce liquide?- s'écria Juan Juan presque à la fin; à ce moment-là j'étais à nouveau entrain de dramatiser avec les mouches, que je poursuivais avec fureur.
- De l'iode, le meilleur désinfectant du monde.
- Heureusement, je ne suis pas allergique, a lâché R, et j'ai dû sourire, sinon, j'aurais pu défaillir.

Traducteur: Denis

Thursday, May 27, 2010

L'état irrationnel

Photo: Penúltimos DíasCes jours-ci j'attrape la vague de l'attente: par la médiation du Cardinal Jaime Ortega, nous avons appris que Raul Castro serait disposer à libérer certains prisonniers politiques et de conscience -les plus malades- j'ose l'imaginer. Ce dialogue entre l’Église catholique et le général n'est pas fortuit, mais est la conséquence des nombreux crimes moraux qui ont caractérisé la "jeune présidence" de l'Héritier.

A ce stade, qui se souvient des vents de changements politiques et économiques que beaucoup ont vu dans le nouveau, mais presque octogénaire, président? Loin des réformes attendues, nous est arrivé un prisonnier d'opinion mort d'une grève de la faim, un Guillermo Fariñas intransigeant dans ses idéaux et disposé à suivre les pas de Zapata Tamayo; une augmentation significative des actes de violence par la police politique contre les Dames Blanches; et la répudiation logique de l'opinion publique internationale, que les médias officiels s'entêtent à appeler "campagne médiatique contre Cuba."

Je n'ai pas d'espoir dans les bonnes actions d'un État dont le simple fait d'exister encore démontre le totalitarisme qui le soutient. Toutefois, bien que la médiation de l'Eglise ne donne pas de fruits ou de libertés, je suis heureuse que les représentants de la foi catholique de mon pays aient pris position publiquement contre les abus commis en toute impunité par l'État cubain.

Ma conformité avec le dialogue, sans attendre les résultats, peut être un peu naïve, puisque l'objectif de ces négociations serait de trouver un juste milieu profitable aux deux adversaires (Raul Castro vs La Liberté), et bien évidemment ceux qui sont libres n'ont pas été invités à mettre leurs cartes sur la table. Au sein du Comité central du Parti, le dossier "cohérence politique" a été gardé sous clef depuis longtemps; j'espère que l'Eglise n'oubliera pas de considérer ce détail.

Traducteur: Denis

Tuesday, May 25, 2010

Un peuple des mineurs

Photo: Claudio Fuentes Madan

Je regarde avec aversion -à quoi cela sert-il de le nier-, le visage de Ramiro Valdés à la télévision. Cette fois, le sermon touche les travailleurs dans le secteur de la construction. Je fais à peine l'effort de l'écouter, chaque fois qu'il parle, c'est pour nous réprimander - lui et Machado Ventura se sont transformés, on pourrait dire, en nounous des citoyens cubains: ils ne donnent que des réprimandes, des punitions et des menaces.

La même vieille histoire, comme toujours: travailler plus, demander moins, ne se pas plaindre pour autant, être combatifs, s'acquitter des tâches de la Révolution, ne pas détourner les ressources, ne pas attendre de stimulations, faire confiance aux leaders des procès, être fidèle au parti ... ce sont les balivernes du père autoritaire envers ses enfants éternellement mineurs.

Ramiro ne se demande-t'il pas ce que les constructeurs mangeraient s'ils ne "détournaient" pas quelques briques pour les échanger sur le marché noir? Les dirigeants syndicaux, paraît-il, ferment les yeux là-dessus. Auraient-ils aussi besoin d'un salaire pour survivre? Pourquoi n'a-t-il pas le courage de passer le relais aux "méchants" pour qu'ils racontent leur version du paradis des ouvriers?

Au lieu de menacer de supprimer les stimulations et les avantages -qui ne font seulement fleurir que l'opportunisme et la double morale-, il devrait se demander pourquoi le salaire n'est pas une raison suffisante pour bien travailler, pour obtenir de meilleurs résultats, pour augmenter la production. Bien sûr, il le ferait s'il s'y intéressait vraiment, et si, en plus-, il ne confondait pas l'Union Nationale des Travailleurs de la Construction avec un jardin d'enfants.

Traducteur: Denis

Saturday, May 22, 2010

Sans le droit de montrer le visage

Il est devenu habituel de voir, dans le Journal de la télévision nationale, des groupes de gens qui manifestent dans diverses parties du monde. C'est une sorte d'ironie pour nous, les Cubains, de voir des secteurs d'une société spontanément mobilisés sur les nouvelles du seul système informatif auquel nous avons droit d'accès. C'est à la fois gratifiant: on sent qu'il y a des gens au-dehors qui mettent le pouvoir à sa place avec des actions civiles; et c'est triste: on prend conscience de la terrible solitude dans laquelle l'Etat nous a laissés, on est très petit par rapport au Tout omniprésent.

L'autre jour, ils montraient les images d'une manifestation d'immigrants aux États-Unis et certains des manifestants ont parlé devant les caméras. Une femme dans la quarantaine se plaignait: elle avait passé plusieurs années sur ce territoire et n'avait pas encore de papiers, et, si les services d'immigration la trouvaient, ils l'expulseraient dans son pays. Je regardais la télé et j'ai pensé -parfois mon île grandit dans mon esprit et j'oublie quel petit espace nous occupons dans le monde. Comment peut-elle dire cela devant les caméras? Maintenant, les agents auront son visage et vont aller la chercher n'importe où elle se cachera!

J'oubliais que les fonctionnaires de l'immigration, les forces de renseignement et de contre-espionnage, les lois, le gouvernement, les médias et les syndicats ne répondent pas tous à la même entité, et encore moins au même parti, et qu'en plus la police politique -béni liberté- n'existe pas. Dans mon pays, par exemple, le consulat cubain fait le travail de sape en Espagne et envoie des photos aux services secrets cubains et au ministère de l'intérieur pour qu'ils sachent "qui se comporte bien là-bas et qui ne le fait pas"; les gardes de sécurité reçoivent des ordres directes de la part de la Sécurité de l'Etat pour que certains citoyens "compliqués" ne puissent pas accéder à des institutions publiques; les journalistes officiels sont séparés de leur lieu de travail officiel pour publier sur des sites critiques à l'idéologie officielle; ceux qui osent donner des nouvelles sans demander l'autorisation peuvent un jour se réveiller avec une peine de vingt ans de prison et les opposants politiques doivent supporter sur leurs têtes la colère et la vengeance du Comité Central du Parti tout entier.

Je regarde les clandestins aux États-Unis, avec leurs pancartes et leurs yeux défiants et je ressens une légère jalousie, je sais que ma voisine n'oserait jamais dire face à la lentille ce que cette femme vient de crier au monde entier. Ma voisine n'a pas peur d'être expulsé du pays, elle a une carte d'identité personnelle, une adresse légale et un visage qui, cependant, ne montrerait de désaccord en aucune circonstance.

Traducteur: Denis

Friday, May 21, 2010

Que du Plaisir



Photo: Penúltimos Días

Un groupe de connaissances conversait sur les rassemblements de répudiation. Il y avait de tout: les radicaux, les modérés et les "ingénus", j'étais, -pas besoin de le dire-, dans le premier groupe. Une jeune fille racontait que quand elle allait aux marches, elle s'installait comme pour un pique-nique dans la première pelouse qu'elle trouvait, et qu'elle n'avait jamais hurlé un slogan. Un autre racontait qu'elle disait à son CDR (Comité de la Défense de la Révolution, dans le quartier) qu'elle devait participer aux marches du Premier Mai avec ses collègues de boulot tandis qu'aux derniers elle disait exactement le contraire. Un garçon a raconté comment il a quitté son ex-petite amie: elle l'avait appelé parce qu'elle ne pouvait pas le voir l'après-midi: elle avait été convoquée à un rassemblement de répudiation contre les Dames en Blanc et ne pouvait pas le manquer. Ils se sont disputés et la relation a pris fin avant l'appel téléphonique. Une autre, plus subtile, amateur de montage de photos numériques, donnait à son union syndicale une "parfaite" preuve de sa présence dans la marche en question.

A ce moment-là, l'une des personnes présentes a avoué avoir participé à un étrange rassemblement de répudiation contre l'ambassade tchèque. Elle a énuméré quelques-uns des slogans crié "Dehors les laquais", entre autres, et a conclu: «S'ils savaient le peu que nous sommes intéressés par les raisons pour le rassemblement, nous sommes là parce que nous n'avons pas le choix et entre la conga et le rythme nous nous amusons. »

J'ai failli m'évanouir devant une telle barbarie. Comment une personne peut-elle être aussi inconsciente? Est-ce comme cela que maintenant, une victime d'un rally dois voir les choses? Celle contre qui on crie des insultes, obscénités et, dans le meilleur des cas, des slogans politiques? Doit-elle "imaginer" que les cris ne sont pas ce qu'ils semblent être, mais une fête populaire d'étudiants, avec la matière grise flottant dans l'espace?

Son commentaire a coupé le sujet, pendant quelques secondes tout le monde la regardait abasourdi et quelqu'un a réussi à demander: « Qui se soucie que tu t'amuses au détriment de la honte des autres? » Mais elle ne comprenait pas: « Je ne sais pas, penses-tu que ça a dérangé les gens de l'ambassade? »

Nous avons tous trouvé une excuse pour partir. Je n'ai lui rien dis; peut-être qu'elle commencera à analyser les choses le jour où son cri sera étranglée au moment qu;il sera dirigé vers mon visage.

Traducteur: Denis

Thursday, May 20, 2010

L'impunité du Vert

Photo: Claudio Fuentes Madan

Mon amie était au volant et j'appréciait à son côté la rareté d'une promenade dans La Havane en voiture. La soirée tournait déjà au jaune et nous traversions 41 et 42, pour prendre l'Avenue 23, au quartier du Vedado. Soudain, une voiture Lada, pompeusement arrêtée au milieu de 41, nous barrait la route - à nous et aussi à ceux qui étaient derrière nous.

J'ai vu la main de mon amie s'approcher impulsivement du klaxon, en même temps que ses yeux, suivant des commandes plus rationnelles, se concentraient sur le matricule du "Seigneur de la rue". Seulement quelques secondes lui ont fallu pour que ses doigts glissent lentement, sans le moindre bruit, jusqu'à ses cuisses. Je lui ai dit ironiquement:

- L'impunité du Vert.

Mais elle m'a regardé avec des yeux si pleins de tristesse que mon sarcasme est devenu un acte de sadisme. J'ai eu de la peine.

Au ralenti, elle a déplacé le levier de vitesses pour mettre la marche-arrière. Parmi les "puaf, puaf, puaf" du pot d'échappement, nous avons changé de voie et, très lentement, sommes passées à côté du militaire qui n'a même pas réalisé qu'il y avait une file d'attente derrière lui et bavardait tranquillement.

Je n'ai pas réussi à voir son visage, mais la montre de son poignet éclairait, -comme la dent en or de Pedro Navaja dans la chanson de Rubén Blades-, toute l'avenue.

Note: La matricule verte appartient aux voitures du Ministère de l'Intérieur.

Traducteur: Denis

Saturday, May 15, 2010

Ma Vie Sans Sortie



Image: El Guamá

Ça fait six ans que j'ai pris la décision de ne pas partir et c'est juste aujourd'hui que je réfléchis calmement à cet instant. Ce n'était pas une décision patriotique, ni conformiste, ni lâche. Elle était plutôt totalement irrévérencieuse. Je n'arrive toujours pas à trouver une seule raison rationnelle pour justifier la phrase "je reste ici", que je la disais à tout le monde. On dit que l'on peut passer le reste de sa vie sans mesurer les conséquences de ses actes. Heureusement, j'ai toujours su que: ne pas partir impliquait rester sur le bateau brisé et à la dérive, et, en outre, assumer que je ne resterais pas silencieuse un seul instant pendant qu'il coule (j'ai toujours été un peu rebelle).

J'ai jeté un dé sur mon destin, et le numéro aléatoire ne m'a pas tourmenté: j'ai été heureuse. Lorsque j'ai rejeté ma possible vie "dehors", -quel intéressant syndrome que nous ont laissé la géographie et la révolution "nous à l'intérieur, le reste de l'univers "dehors"-, il ne me restait que peu d'options: j'aurais pu passer le reste de mes jours à monter les marches de l'opportunisme ou à remplir des papiers inutiles au Service de Paiement du Ministère de l'Éducation. Aucune ne me plaisait et j'ai fini par trouver la recette pour survivre l'Armageddon quotidien sans abîmer trop mon âme et je n'ai jamais plus pensé à partir.

Mais un jour, je ne me suis plus suffit de fermer mes fenêtres, de ma stratégie presque parfaite pour apparaître invisible, de ma grande joie de découvrir que mes voisins ne savaient pas si j'étais là ou pas, de mon monde à l'intérieur de la maison: mes proches n'arrivaient pas à me joindre, du boulot mal payé et, -le comble-, un tas de personnages sinistres ne cessaient de répéter sur ma tête que je faisais partie intégrante d'une révolution qui a été de plus en plus lourde et omniprésente. J'ai décidé de créer un blog car ma bulle se fissurait, et, ça aussi, je ne l'ai pas trop analysé non plus.

Aujourd'hui, je regarde mon refus du permis de sortie et ça me procure la paix: je ne suis pas blessée, je n'ai pas été surprise. Il s'agit de la longue ligne avec laquelle j'ai tracé mon chemin, c'est la certitude que je ne me suis pas trompé, c'est la preuve que le gouvernement cubain a pris la peine de me livrer pour que je sache que j'ai réussi, -en dépit de son Parti et de son Etat, de sa sécurité et de son impunité-, à vivre comme une femme libre.

Traducteur: Denis


Wednesday, May 12, 2010

Confessions Au Sujet d'un Utopique



5 Mai

J'ai passé ces derniers jours à faire les démarches pour pouvoir aller en Allemagne, ayant été invité à participer à une réunion avec des blogueurs du monde entier. J'ai hésité entre faire ou ne pas faire un commentaire sur le blog avant de terminer toute la paperasse, mes amis m'ont convaincu et, enfin, aujourd'hui, après presque un mois et demi, je publie cet article avec la sensation de prendre une douche froide à quarante degrés.

Écrire sur mon séjour au Noveno Cerco (Neuvième Bouclage), -les lecteurs de l'extérieur peuvent déjà l'imaginer- qui est, l'ignoble, l'obscure, le sale et l'absolument indescriptible Bureau de l'Immigration et des Étrangers de la Municipalité Plaza, me procure un immense soulagement. C'est précisément à cet endroit désagréable - dont le nom exclut mon existence puisque je ne fais pas partie des étrangers et ne suis pas en train de faire de démarches d'immigration – que j'ai passé, mardi dernier, huit heures de ma belle vie à faire la queue pour être interrogé au sujet de mon voyage, ma famille, mon mari, mes études et même la façon avec laquelle je me connecte à l'Internet.

Le nombre d'heures peut apparaitre excessif, c'est pourquoi je raconterais en détail ce qui c'est passé de huit heures et demie quand je suis entrée dans la maison délabrée de la rue 17, entre J et K, jusqu'à seize heures quand je suis finalement sortie avec migraine, miction, faim, soif, sommeil, coup de soleil et une envie terrible d'envoyer tout et tous en enfer et aller dormir pour un mois.

Messieurs, je vous le jure: un jour à solliciter un permis pour sortir du pays, enlève l'envie de voyager à n'importe qui.

Je le raconte depuis le début: alors que le soleil n'avait pas encore mis le feu au patio, je suis venue par la porte de derrière de l'Immigration - J'avais déjà passé cette porte quelques semaines plus tôt, non sans certaines difficultés: pour faire« la demande » pour le passeport. Il faut faire chaque demande chacune à son tour. J'ai donc donné ma carte d'identité. J'étais presque la dernière car à ce moment-là j'ai appris que la queue avait commencé à quatre heures du matin. Heureusement, une divine surprise m'attendait: une vieille amie, juste devant moi, m'a annoncée qu'elle aussi "faisait la demande", de sorte que nous pourrions mutuellement nous tenir compagnie.

Avant neuf heures et demie ils avaient déjà tous les papiers: passeport, carte d'identité, lettre d'invitation de l'étranger et le bon, je ferais mieux de l'appeler le SUPER-Bon - de 150 CUC (payés à l'avance, avec ou sans permis de sortie et remboursés au cas ou celui-ci serait refusé). Comme il n'y a aucune affiche informative, à l'exception de celle concernant le A-H1N1 -et un journal mural sur les Cinq Héros qui ferait vomir Edvard Munch-, il manquait un document à beaucoup de ceux qui venaient, ou ne savaient pas que l'on n'acceptait pas les documents après neuf heures du matin, ou n'avaient pas le SUPER-Bon (une infortunée avait la quittance mais pas le SUPER-Bon, que mystérieusement on ne lui avait pas fourni à la banque). Le plus déprimant était de voir les personnes âgées, la canne dans une main et les papiers dans l'autre, confuses, déconcertées par la bureaucratie et la circulation des personnes d'un endroit à l'autre.

À onze heures du matin, j'ai découvert que les toilettes étaient fermées: -le public les avait mis hors service- a signalé l'une des officières en vert. À midi, les employés sont allés déjeuner jusqu'à une heure et demie, mais une officière est restée travailler, donc je n'ai pas bougé, à cause de ce maudit sentiment: "on va m'appeler maintenant et je ne serais pas là". À deux heures de l'après-midi, le soleil était tellement fort que j'ai dû arrêter de m'éventer pour me couvrir les yeux avec l'éventail. À deux heures et demie, je me suis presque fait pipi dessus et j'ai dû sortir pour chercher des toilettes. À trois heures, devant moi, une dame diabétique a dit: "Je ne peux pas continuer sans eau comme ça". À trois heures et demi, la jeune fille qui attendait depuis quatre heures du matin eut une crise d'hystérie et elle est partie. Heureusement, elle est revenu peu après. On m'a appelé à presque quatre heures.

Une militaire très jeune, avec collier, boucles d'oreilles et bague en or, ainsi que des faux ongles d'un mètre et demi de long, s'est occupée de moi. Elle m'a demandé à plusieurs reprises la même chose sur mes études et a finalement écrit dans mon dossier: "Elle a recu une formation pour donner des cours". Après cela, elle est devenue obsédé par cette affaire de "L'amitié par l'Internet":

- J'ai beaucoup d'amis sur Internet.

- Comment est-ce que tu te connectes à l'Internet?

- La plupart du temps depuis des hôtels.

- Depuis quels hôtels?

- Sur tout depuis le "Cohiba" et le "Parque Central".

- Cette information sera vérifiée, si tu nous caches quelque chose on te refusera le permis de sortie.

J'ai esquissé un sourire. Comment vont-ils savoir si je me connecte depuis un hôtel ou si j'ai des amis sur Internet? On ne m'a jamais demandé la carte d'identité pour acheter des heures de connexion et, en ce qui concerne ma correspondance privée, à moins qu'ils "hackent" mon e-mail personnel, je ne vois pas d'autre moyen de vérifier quoi que ce soit.

Puis elle s'est renseignée par rapport à ma mère, à mon père, à mon mari et j'ai eu l'impression pour un instant que mes chiens Anastasia et Wicho allés ressurgir dans ses questions.

En conclusion elle a déclaré:

- Viens dans vingt jours pour voir si on t'accorde le permis de sortie.

- Mademoiselle, dans les vingt jours mon visa aura expiré.

- Les informations doivent être vérifiées et ça prends du temps, attends ici.

Elle s'est absentée et revenue après un moment:

- Viens le vendredi prochain pour voir si le permis est prêt.

En sortant, j'ai regardé les visages que j'avais vu se décomposer peu à peu durant toute la journée. J'aurais voulu leur dire "au revoir et bonne chance" à chacun, mais j'étais détruite. Je n'ai même pas regardé la jeune fille de quatre heures du matin, j'avais honte d'avoir été appelée avant elle. Quelques gouttes d'eau sont tombées soudainement, des gouttes très épaisses et mais seulement quelques-unes. Mon amie m'a demandé:

- Pourquoi es-tu restés si longtemps là-dedans?

- Je ne sais pas, merci de m'attendre, allons-y -et je lui ai pris le bras pour rentrer "sans demander le permis" dans la bruine.

Vendredi 7 mai

Après une heure, j'ai appris que je devais revenir le mercredi suivant. Est-ce une coïncidence que ça corresponde à la date de mon vol?

Mercredi 12 mai

À une heure et demi, je suis arrivée au Bureau de l'Immigration et des Étrangers, qui était comme d'habitude bondée de gens. Il était presque deux heures quand ils m'ont appelé -cette fois je ne peux pas vraiment me plaindre. Par contre, cette fois, la voix venait d'une porte éloignée et pas de l'endroit où moi et tout les autres qui attendions notre permis de sortie, avions auparavant laissés nos cartes d'identité.

Il y avait une certaine tension dans la queue quand j'ai entendu mon nom "Claudia Cadelo". Car je n'avais aucune idée d'où on m'appelait, j'ai posé la question:

- Où dois-je aller?

Quelqu'un m'a dit:

- Demande à cette porte, c'est celle qui correspond.

J'ai passé la tête et une militaire a braillé:

- Pourquoi ouvrez-vous sans frapper?

- Mais si, j'ai été appelé.

- Ah bon! Ton truc est de l'autre côté.

Je vais de l'autre côté et un homme me demande:

- Es-tu la blogueuse?

- Oui, - ai-je répondu avec un sourire et des nerfs à fleur de peau, car le climat était clairement "électrique".

On m'attendait à la porte, après tant de jours de malaise et de mauvais traitements, j'ai trouvé clairement "inhabituelle" cette sociabilité:

- S'il vous plait, rentrez ici. Pourriez-vous fermer le grillage lorsque vous entrez? Merci. Vous ne pouvez pas voyager pour le moment.

Je suis sortie et pouvais sentir la solidarité de tous ceux qui attendaient à l'extérieur d'être "appelés", le jeune homme qui m'avait demandé si j'étais la blogueuse m'a dit:

- J'habite en Espagne, je suis ton blog, ne te laisses pas te faire décourager que cela ne te supprime pas les forces.

- Cela n'arrivera pas, Merci.

Traducteur: Denis

Monday, May 10, 2010

Affaires de police


Il existe de petits espaces pour la catharsis citoyenne dans ma ville, ces sont des instants dont je jouis pleinement même s’ils sont peu nombreux. Ce peut être un arrêt de bus, une queue interminable pour une quelconque formalité bureaucratique et absurde, ou simplement un taxi à dix pesos.

La route Habana Vieja-Vedado-Playa est fameuse pour les difficultés et les retards des bus –bien sûr, jamais si impressionnant que celle du Vedado-Nuevo Vedado où attraper « quelque chose » est une agonie- c’est pour cela que la présence des taxis soulage largement l’inefficacité du transport public. Avec l’arrivée brutale de l’été il y a quelques jours, ceux qui essaient de se bouger nous nous énervons sous le soleil et l’attente devient insupportable. Quand tu n’en peux plus, tu tends la main et tu optes pour la voie privée, toujours plus efficace.

L’autre jour, j’étais en plein soleil sur la 23ème et je me suis décidée pour un taxi collectif. Dedans, c’était rempli et les gouttes de sueur nous courraient à tous sur la figure, et pourtant j’ai senti la bouffée de liberté dès que je suis entrée, la conversation était très animée et le thème : les abus policiers.

Le chauffeur narrait les péripéties subies par son épouse pendant douze heures dans les cachots de Zapata et C, elle avait été « capturée » par deux types en uniformes alors qu’elle se rendait à sa maison avec deux litres de yaourts, confisqués –un comble !- comme « marchandise de marché noir » durant sa détention. Une dame sur le siège arrière détaillait les conditions inhumaines de son séjour au poste de Zanja, elle était arrivé là pour détention illégale de quatre bouteilles d’eau de Javel et deux d’acide chlorhydrique. Un autre monsieur à côté de moi se plaignait, ils avaient saisi dans le Quartier Historique sa ration de pâte dentifrice et de cigarettes, qu’il essayait vainement de vendre.

Moi, pour ma part, je leur ai raconté comment une fois, alors que je profitais de la mer à Guanabo avec des amis, on nous avait volé toutes nos affaires, ne nous laissant que les maillots que nous avions sur nous. Nous allâmes porter plainte au poste de la Police Nationale Révolutionnaire et, comme nous n’avions pas nos cartes d’identité, nous fûmes détenus jusqu’à presque dix heures du soir.

Je suis arrivée toute légère à destination, la chaleur ne me dérangeait plus autant et je me suis délectée, du moins pendant quelques minutes, de la satisfaction ineffable qu’on ressent quand on dit bien haut ce qu’on pense.

Wednesday, May 5, 2010

Etudier des langues à (l'école) Abraham-Lincoln



Il ya quelques années j'ai étudié le français à l'école Lincoln et j'ai dû passer un entretien. J'avais été prévenue que les questions seraient de l'ordre politique et j'avais préparé mes réponses. Je ne répéterai pas le paragraphe que j'ai récité, je vais juste dire que j'ai été scolarisée sans aucun problème.

Les années passent et on oublie ces choses, cette l'histoire se trouvait dans un coin de mon cerveau, jusqu'à il y a quelques jours, quand un ami m'a appelé et m'a raconté ses propres aventures pour pouvoir étudier l'anglais.

Il est arrivé que personne ne lui a dit qu'il y avait un entretien, et moins encore qu'il serait politique. Alors qu'il vint s'asseoir tranquillement devant le professeur correspondant:

- Bonjour.

- Bonjour. Pouvez-vous me dire le nom des cinq héros?

- Ehhhmmmm..., désolé, je ne le sais pas.

L'intervieweur fronça les sourcils et baissa le regard:

- Pouvez-vous me dire les points principaux de la Bataille des Idées?

- Non, je ne sais pas.

- Qu'est-ce que la guerre médiatique contre Cuba?

- Désolé, je ne sais pas de quoi vous me parlez.

Le professeur regarda du coin de l'oeil des deux côtés, vit que l'environnement était «propre» et dit:
- Mon fils, y at-il quelque chose de politique que vous connaissez?

- Oui, mais pas ce que vous me demandez.

- Ecoutez, vous ne pouvez pas vous inscrire comme ça: rentrez chez vous, préparez vous bien et rétournez ici.

Traducteur: Denis