Je suis tellement habituée au manque d'information de nos
médias que quand j'entends une info, elle n'est déjà plus d'actualité
nationale ou internationale -faut pas en demander trop- mais quand cela
concerne quelque chose d'aussi simple et utile comme les réparations qui
occasionnent des coupures de courants ou des pénuries d'eau potable
dans certaines zones précises, ça me surprends. Je précise, au passage,
que ce type d'informations -hautement importantes pour faciliter la vie
des citoyens- est seulement transmise par la chaîne Habana.
Lamentablement, depuis chez moi je n'arrive pas à la recevoir, et je
suis obligée de la regarder quand je suis chez des amis.
Il y a quelque semaines j'ai entendu pour la
première fois dans le journal une explication détaillée sur le manque
d'eau dont, nous, habitants de La Havane, souffririons; surtout dans les
quartiers du centre-ville et bien évidemment dans le Vedado, là où je
vis. J'étais tout de suite contente, parce qu'on a été touché par tant
de maux que le fait d'annoncer le manque d'eau potable qui durera un
laps d'heures précises, se savoure. De manière générale, un jour, tu te
lèves le matin et tu n'as ni gaz, ni eau, ni électricité, et tu ne sais
pas pourquoi. Avec de la chance tu apprends, plusieurs heures plus tard,
la cause de la coupure.
Je me suis préparée, bien sur, pour le lendemain
et j'ai fait des réserves : des cubes à glaçons ornaient ma cuisine et
ma salle de bain pour supporter de la meilleure manière possible
l'absence du liquide vital. Cependant, au réveil, je fut surprise de
trouver de l'eau dans l'évier, et au milieu de la matinée -que personne
ne pense qu'à Cuba on ne peut pas être surpris- plus de lumière et ce
jusqu'au lendemain matin. Je n'ai pas réussi à m'informer sur la cause
de la coupure de courant, je suppose que ce ne sont pas les mêmes
réparations qui supposément me priveraient d'eau. Enfin, je ne voudrais
pas me lamenter de ne pas pouvoir écouter les informations concernant
les choses qui nous manquent, je préfère le désordre de remplir des
cubes à glaçons que d'acheter des bougies.
Elle est arrivé à Cuba tombé amoureuse de la Révolution, à la fin des années soixante dix. Elle a épousé un général et elle s'est installée dans l'île paradisiaque, pour faire de ses rêves une réalité. Elle a toujours côtoyé des gens d'importance, la nomenclature comme on dit, et a vécu les trente dernières années comme une princesse. La perestroïka, la glasnost, la chute du mur de Berlin, puis l'effondrement du bloc socialiste elle a entendu comme un écho de la lointaine Europe, qu'elle avait sagement laissé derrière. De son domicile de Siboney elle a écouté la litanie de la Période spéciale, mais pendant qu'elle conduisait la Lada sur la Cinquième Avenue, les choses ne paraissaient pas si mauvaises. Bien qu'elle subit des pannes de courant pas souvent, elle a acheté un générateur, et comme toujours, son mari approvisionnait le garde-manger avec des produits d'importation. Les mêmes que toujours.
Elle s'était fait quelques amies, presque toutes du Parti communiste. Cependant, au début des années 2000 certaines étaient restées à Cuba et toutes avaient renoncé à leurs charges politiques et au Parti. La politique n'avait jamais été un sujet entre elles, mais la nourriture oui, et les crèmes, la plage et la bonne vie. Peu à peu la nécessité s'est emparée des dialogues : à qui cela importait-il, la mer bleue et le sable blanc de Varadero, s'il n'y avait pas d'oeuf pour mettre sur la table ? Mais cet animal de la discorde, la bête politique, n'allait pas la laisser seule.
Un jour j'ai décidé d'offrir à ses amies un jour spécial : plage, restaurant et hôtel. Elles sont sortis dès le matin et sont revenus tard dans la nuit. Quand on est descendu de la voiture l'une d'elles a dit satisfaite : merci pour ce jour merveilleux à l'étranger! C'était la dernière fois qu'on s'est vu.
El Guamá Je
l'ai connue en 2004, nous avions une connaissance commune, ma voisine.
Elle passait sa vie en discothèques et aux concerts, toujours avec des
garçons en voiture qui venaient la chercher. Je l'aimais bien, elle
était amusante. Les après-midi, quand elle se levait, elle venait parfois prendre le café chez moi. Avec des parents à l'étranger,
elle vivait sans travailler et bien que parfois elle était à court
d'argent, les sorties nocturnes n'étaient pas affectées parce que pour
ça les hommes payaient.
Le hasard, qui nous a placé un jour dans le même
quartier, nous a séparés. Pendant des années, je n'ai pas eu de ses
nouvelles et j'ai pensé, comme il est normal dans cette île, qu'elle
était partie du pays. Il y a peu nous nous sommes retrouvées et j'ai pu
vérifié qu'elle avait une raison: maintenant elle vit à New York et
vient à Cuba pour les vacances. Je ne sais pas comment elle est partie,
les Cubains s'arrangent de tant de façon pour sortir fuyant cette terre
qui m'a déjà pris le travail de recherche, puisque les histoires peuvent
être comiques, mais aussi très tristes et sinistres. De plus,
j'avance un peu avec sensibilité sur le sujet de l'émigration, je me
demande qui sera à mon côté dans dix ans, quand tous mes amis
seront déjà partis.
Pendant l'instant que nous avons partagé, elle m'a raconté que là-bas
elle travaillait beaucoup, et que d'une manière générale, elle
se considérait comme communiste. Une communiste, me-suis exclamée? - si
tu étais une terrible gusana. Qui t'a succédé? Le système des
États-Unis - condamné - est inhumain, ici c'est mieux, plus humain. Je
l'ai regardée bouche bée, le nouveau pays dans lequel elle vit ne lui
plaît pas, parce qu'elle doit travailler, à Cuba elle ne le faisait pas
parce que quelqu'un l'entretenait. Pourquoi justifie-t-elle par la
politique sa propre incapacité productive ? Je ne suis pas d'accord avec
toi - j'ai répondu en essayant de taire la passion qui m'envahit quand
les gens viennent de la démocratie en me racontant des contes de fées
sur la dictature - beaucoup de gens ne travaillent pas, c'est certain,
parce que le salaire est "inhumain" et il n'est intéressant pour
personne de courber l'échine gratuitement. Cependant, il me semble bien
que, pour gagner son pain, tu dois travailler, c'est normal. Le Cubain
n'aime pas travailler - j'ai riposté et alors j'ai su que parce qu'il ne
lui plaît pas à elle de travailler, elle considère que c'est pareil
pour le reste du peuple. Quelle capacité de généralisation!
Avant de nous séparer, elle m'a raconté qu'elle
avait une opération en cours, j'ai supposé qu'elle serait à Cuba,
puisque le gouvernement que nous avons est si humain. Quelle n'a pas été
ma surprise de l'entendre s'exclamer: Je n'opère pas là-bas!
Le manque de rationalité me vient à l'esprit devant les images du Sixième Congrès. Quand j'entends la liste des délégués, les membres du Bureau Politique et ceux du Comité Central, je ressens un malaise physique désagréable : Machado Ventura, Balaguer, Cintas Frías, et un vieux etcétéra, ne me laissent pas continuer à écouter avec objectivité. Et comble de tout, Raúl Castro se met à raconter une anecdocte digne d'une telenovela (« feuilleton mexicain ») sur le machisme familial : il marche sur les pieds de Machado Ventura après qu'un certain ragot se soit propagé. Cette scène aurait été certainement plus adéquate devant le four d'une cuisine que pendant le tant attendu Congrès du Parti Communiste.
Le pire - ou le meilleur, selon la lecture - est que nous aurons à attendre jusqu'au 28 janvier 2012 pour la mise en application des changements. On supposait que le super changement serait pour tout de suite, mais ils nous ont donné une "petite modification" et à nouveau nous ont ajourné la "transformation". Raúl Castro se lamente sur des dogmes archaïques, promet une autre rectification, augure un avenir avec de plus jeunes dirigeants et assure qu'il sauvera lentement le socialisme et la révolution. Le Général sait, il doit le savoir, que ses promesses s'accompliront seulement quand il ne sera déjà plus dans le Comité Central, quand il ne sera plus le Premier Secrétaire d'aucun parti, quand vraiment une nouvelle vague de fonctionnaires publiques assumera les pouvoirs. Et justement c'est ça qu'ils veulent des puissants vieillards: minimiser le changement et jouer une politique de compte gouttes, pour étendre le plus possible l'inévitable changement, la fin de l'omniprésence du Parti.
Cependant, même moi, la reine de l'incrédulité, sens un certain optimisme. Les libertés économiques que le gouvernement cubain est aujourd'hui obligé de nous accorder, à risque de s'effondrer, ce seront les fondements de la liberté sociale et politique que nous leur arracherons demain, parce qu'alors ils seront également condamnés à céder, sous peine de périr.
Qu'ils tremblent les ennemis d'un peuple où chaque femme est un soldat de la patrie!
Chaque fois que je passe par 21 et Paseo cela me remue les tripes. Je traverse l'Avenue et je ne peux pas éviter de lire l'énorme affiche qui illustre ce post. Signée par la FMC, elle considère comme convenu que, moi, et toutes les femmes de cette île, sommes une espèce d'armée disposée à faire feu contre l'ennemi. Je ne suis même pas un soldat de mes propres causes, comment pourrais-je être celui des causes de la Fédération des Femmes Cubaines?
Cela me gêne énormément que les multiples organisations de masse, qui hypothétiquement représentent les différents groupes de cubains, se sentent en droit de parler au nom de tous, de voler les voix des individus pour les transformer en voix unique d'un appareil de contrôle. Pourquoi nous incitent-ils à un militantisme dont nous n'avons pas besoin ? Qui a dit que je ne suis pas une civile à outrance ? Depuis quand, nous, les femmes cubaines, formons un bataillon pour la défense de la patrie?
Depuis vendredi 8 avril le ciel nous annonce que la marche s'approche. Sous le précieux bleu, des avions de guerre essayent - nous ne savons pas bien comment ni pourquoi - de piquer vers la terre; nous nous sommes couvert les oreilles pour ne pas entendre le vacarme. Mes chiens ont perdu le sommeil, le mâle abboie désespérement au plafond et la femelle se cache sous le sofa. Je voudrais pouvoir leur expliquer que ce n'est rien de plus qu'un écran de vanité militaire dans un pays qui est fatigué de répéter au monde qu'il condamne la guerre. Je sors dans la rue et suis surprise de voir passer quelques chars devant mes yeux. Je traverse l'avenue 26 et respire profondément, c'est un fait: cette île est gouvernée par des fous. La circulation est détournée et les voitures perdues entre les rues forment un chaos. Je passe quinze minutes à essayer de traverser Paseo.
Cela fais dix jours que je vis en compte a rebours: plus que sept, plus que cinq, plus que finalement deux aujourd'hui. Je n'ai jamais été si désespérée par l'arrivée du dimanche. Dès vendredi, tout sera paralysé, les écoles, les commerces, la ville. Avec tant de besoin et tant de crise je me demande à combien de zéros se monte la note de frais de la mega marche pour le cinquantième anniversaire de la baie des Cochons.
Ils disent que nous, cubains, sommes paranoïaques et, sincèrement, si nous ne l'étions pas bien mal serions-nous, parce qu'il n'y a rien qui donne plus le frisson que de se montrer au balcon et voir à un peloton de soldats crier des gros mots et donner des coups de pied au sol, ni plus sombre qu'une armée mobilisée en temps de paix, ni plus irrationnelle de sortir les hommes de leur travail pour mobiliser plusieurs fois par an les réserves. Rien de plus triste que cette semaine, qui nous rappelle sans piété que ce n'est pas la guerre de tout le peuple, mais la guerre contre tout le peuple.
Je me lève le matin et m'offre mon bain d'irréalité devant le téléviseur avec les premières nouvelles. Dans la Revue du Matin, le premier journaliste du jour, ne perd pas la piste du surréalisme. De même, tu écoutes une réflexion intitulée “Los zapaticos me aprietan” "Les zapaticos me serrent" (je suis réellement intriguée, pour sur, par l'idée fixe qu'a développée Fidel Castro avec Obama, cela fait des mois qu'il lui consacre toutes ses réflexions), une notice sur un concours d'arts plastiques appelé "Amiguitos des FAR". Ils sont ineffables les sentiments qu'à sept heures et demie du matin l'un peut expérimenter après avoir vu la télévision cubaine.
L'autre jour, ils ont passés un petit rapport sur la normalisation des produits qui sont offerts en pesos cubains. Une voix off montrait des entreprises et essayait de nous convaincre que le pays avait fait des efforts pour améliorer la qualité des productions et que cela pouvait être vérifié dans plusieurs offres du marché. Cela a duré quelques minutes et l'objectif était d'introduire une interview avec un spécialiste sur le sujet. Dès le programme terminé - dont l'objectif était de démontrer la très grande qualité de nos produits qui de plus souffraient de la pression de la norme internationale imposée par l'occident (un rendez-vous textuel) - le spécialiste a dit : A Cuba on ne remplit pas la norme, le problème est culturel.
Je marchais d'un côté à l'autre avec ma tasse de café dans la main et n'ai pas pu éviter d'en verser un peu sur le sol. J'ai la coutume de parler au téléviseur, c'est une habitude que j'ai développée depuis l'adolescence. Je suppose que ça a été la manière que j'ai trouvée pour extérioriser mon mécontentement avec l'establishment du journalisme officiel : créer mon propre débat avec tout ce qui sortirait de l'écran. Comment culturel ? Me suis-je exclamée. Ni la politique gouvernementale d'étatisme économique, ni notre économie faite de miettes, ni la double monnaie sont responsables de la qualité incertaine du pain ou du savon, c'est la culture cubaine - selon un spécialiste des matières économiques – qui est responsable de ce mal.
Nous avons subi presque un mois de feuilleton télévisé et à l'exception d'un épisode – celui de la guerre cybernétique - dans tous les autres un agent caché a été découvert. Celui de lundi, je n'ai pas pu le terminer, c'était trop. Ils m'ennuient infiniment. Cependant, cela vaut la peine d'analyser cette croisade médiatique de la sécurité de l'état contre la société civile. Je confesse que les motifs des actions des services secrets cubains me sont en général incompréhensibles - et ce ne sera pas la première fois que je reste comme une idiote devant l'objectif - et par dessus tout, les bénéfices que le feuilleton télévisé peut apporter au gouvernement.
Premièrement, il me paraît surprenant qu'ils aient décidé de mettre dans le même sac - c'est-à-dire d'avoir comme protagonistes - tant d'adversaires, d'activistes des droits de l'homme et bloggers tels que des écrivains, des peintres et des vendeurs d'antennes et de comptes illégaux d'Internet. Il en ressort qu'avant le feuilleton télévisé seulement les premiers étaient dissidents, après la quatrième saga ce n'est déjà plus si clair. La Sécurité d'État vient de lancer par les cieux le nombre d'anticonformistes en nous mélangeant tous dans une seule idée : la contre-révolution. Malheuresement, ils ne définissent jamais ce mot. Je suppose qu'un décodeur d'antennes paraboliques est resté bouche bée en face du téléviseur après avoir reçu la nouvelle qu'il est "officiellement" un dissident.
Il m'est difficile de comprendre les bénéfices qu'ont peut retirer de «Las Razones de Cuba » " Les Raisons de Cuba". Peut-être que la diffamation comme arme pour discréditer les figures les plus connues de la société civile ou la nécessité de créer un état d'opinion, plutôt-paranoïaque, par rapport à la capacité des «agents secrets» à se faufiler dans nos vies. Mais je continue de penser que les deux arguments restent insuffisants si nous les comparons aux désavantages: reconnaître que ce qu'ils nomment "contre-révolution" va au-delà de l'idéologie et s'est converti en réalité cubaine d'au jour le jour. Si avoir internet ou regarder la télévision de Miami est aussi risqué que d'appartenir à un parti d'opposition, il ne nous reste que peu d'options pour les citoyens.
La Havane dort depuis que je suis née. J'aime rester au bout de la rue 12 et voir la ligne tracée par la mer au loin. Presque tous mes amis vivent, ou prétendent vivre, de l'autre côté de cette ligne. Là où mes yeux ne peuvent pas arriver.
Je lis la "Couleur de l'Été" de Reinaldo Arenas et sens que je suis au-delà de la fiction. Je suis heureuse, d'une certaine façon, que Reinaldo n'ai pas vu son roman devenir réalité, avec cinquante-deux ans de révolution. Je suis une espèce de personnage après le Grand Carnaval. Nous sommes tous les survivants des pages qu'il n'a pas écrit, parce que cinquante était déjà pour lui un nombre assez grand, assez rond. Nous avons déjà perdu la notion des nombres entiers, la notion de tous les nombres.
Je vis la sensation de respirer un changement que, cependant, je ne peux pas deviner. Il me semble que je suis à la fin mais j'ouvre les yeux et en réalité ce n'est pas plus que le commencement. Les choses finissent, les êtres vieillissent, les villes changent et les idéologies meurent. Cependant, il y a des jours où je me lève avec l'impression de m'être éveillée le jour précédent.
La première fois que j'ai entendu Jimmy Carter, c'était en 2002. Mes souvenirs sont flous, mais sont restés gravés dans ma tête pendant un moment: son discours à l'Aula Magna de l'Université de La Havane. Même moi, je ris au souvenir de Hassan Perez, à ce moment ou il n'avait pas encore été évincé du pouvoir et chargé de la Ligue des jeunes communistes, lançant au président une supposée question à la cadence d'une mitraillette et pendant approximativement trois minutes. Avec douceur Carter lui demanda de la répéter, désolé de ne pas avoir compris. Ce jour a été historique pour les Cubains, au beau milieu de la télévision cubaine, nous avons su que le projet Varela existait, et qu'Oswaldo Payá avait atteint les onze mille signatures nécessaires pour modifier la Constitution cubaine. Le Projet Varela a été ignoré et vilipendé par le gouvernement, la Constitution a été changé pour le pire et est arrivé le Printemps noir. J'avais vingt ans.
Hier, à l'Hôtel Santa Isabel, j'ai eu l'honneur de rencontrer Jimmy Carter, de l'écouter et qu'il m'écoute. Et j'ai eu l'énorme satisfaction de partager une table avec beaucoup de ceux qui depuis des années, plus que mon âge, pousse pour changer les choses sur cette île fatiguée. Des hommes et des femmes qui ont passé leur vie à unir des grains de sable pour sauver la société civile, pour faire respecter les droits de l'homme, qui ont souffert de l'emprisonnement et qui ont sacrifié leurs rêves personnels dans la poursuite du rêve de toute une nation.
Je sais qu'entre les mains de Jimmy Carter il n'y a pas toutes les solutions de Cuba. Je sais que malgré tout ceux qui sur le chemin ont donné leur âme pour cette terre, nous sommes encore coincés dans une étrange «révolution» d'un demi-siècle. Mais des réunions comme celle d'aujourd'hui me rappelle que, peu importe combien de temps il faut pour y arriver, à la fin du chemin il y a la lumière.
J'ai récemment traduit pour mon propre usage une interview que le journal français « Le Temps » a fait avec Michael Parmly. J'étais intéressée, surtout, à mettre à disposition l'avis de l'homme qui avait signé presque tous les câbles envoyés de la Section d'Intérêt des Etats-Unis à La Havane, et qui ont été divulgués à Wikileaks. Nous courons tous après ces câbles. Même l'émission de la télévision Table ronde a diffusé un documentaire sur Julian Assange et le phénomène «Wikileaks". La controverse est énorme et je l'avoue, à mon grand regret, que mon point de vue sur le sujet est encore hésitant. Ainsi, je n'ai pas écrit à ce sujet, mais, voyant que le temps passe et que je ne suis pas sur le point d'offrir un avis spécifique, je vais me jeter, comme on dit ici - sur le bus en mouvement - et écrire un post rempli de doutes, et d'espoir également, bien sûr.
Je comprends très bien les appréhensions de Michael Parmly, les préoccupations de l'ancien chef de section, que ses sources soient identifiés. Je suis aussi très anxieuse à ce sujet. Quand je lis les câbles sur la dissidence interne et peux identifier, malgré les X, les noms auxquels il fait allusion, je sais que la Sécurité d'État cubaine les reconnaît également. Malheureusement, ce ne sont pas les noms de représentants du gouvernement cubain, mais ceux de simples citoyens cubains qui osent défier un système qui n'accepte aucune critique ou opposition. Indubitablement, les câbles, où les représentants de la société civile peuvent être reconnus, constituent une menace pour la liberté et le travail de ces personnes. Pour ma part, je refuse de classer ce risque comme « dégât mineur » comme l'appellent certains amis. Je pense que Wikileaks a le devoir de parfaire son travail d'édition afin de garantir aux sources la protection qu'ils méritent.
Cependant, rendons à César ce qui est à César. Lorsque d'autres amis me disent que Julian Assange et son équipe ne sont pas des journalistes, cela démontre que le concept de «journalisme» devient obsolète face aux nouvelles technologies. Wikileaks est venu pour nous prouver que le droit à l'information n'est pas simplement une utopie, et établit sans nul doute une base à la fois pour la diplomatie et pour les médias d'information traditionnels. Il me semble qu'il n'y a guère de sens à nier la réalité: Wikileaks existe. Nous devons vivre avec et apprendre de lui. Il est, en fait, le pouvoir citoyen auquel j'aspire: j'ai le droit de savoir ce que les politiciens au dessus de ma tête ont l'intention de faire avec mon avenir.
Ce n’est pas la première fois que je ressens l’envie de dire à Mariela Castro qu’elle aurait dû se taire. Chez moi, c’est une réaction assez surprenante car normalement je dis et j’exhorte les autres à exprimer ce qui leur passe par la tête. Pourtant, avec elle, ça m’est difficile, et c’est parce qu’il existe quelque chose qui s’appelle la pudeur et qui pour ceux qui, comme elle, sont des personnages publics de la politique, est indispensable.
La première fois ce fut quand elle a appelé Yoani Sánchez « petite prétentieuse insignifiante ». C’est assez honteux qu’un politique insulte une journaliste pour une question dérangeante, mais que la fille de l’héritier traite d’insignifiante une citoyenne cubaine fut, sans aucun doute, le comble du cynisme atteint par la nomenklatura. Il faut préciser pourtant que la question de l’auteure de Generation Y fut loin d’être aussi dérangeante qu’elle aurait pu être et que la sur réaction de Mariela est la preuve de l’allergie que lui cause la liberté de la presse. À mon avis, une question vraiment dure aurait été, par exemple, demander pourquoi le CENESEX ne présente pas devant le gouvernement une plainte en faveur des homosexuels qui ont subi la répression et les vexations dans les années soixante, soixante-dix et quatre-vingt et qui méritent une indemnisation et des excuses officielles. Dans ce cas, je crois qu’à notre princesse, ça lui aurait causé un infarctus.
Maintenant, le CENESEX a en première page cette déclaration. Elle me rappelle une blague populaire: La période spéciale ne me fait ni bien ni mal, mais tout le contraire. Il en résulte que Cuba a l’exclusivité d’être le seul pays d’Amérique qui « se joint au vote des pays qui considèrent l'homosexualité comme un délit dans le cadre de leur législation, incluant l’application de la peine capitale pour ce motif, pour cinq d’entre eux ».Le CENESEX, il faut le préciser, est la seule institution reconnue par le gouvernement qui est supposée représenter les droits des homosexuels. Quelle impudeur, messieurs, de lire une telle phrase sur la page du « Centre National d’Éducation Sexuelle, et signé de sa directrice !
…Cuba est dans le nombre réduit de pays (…) qui disposent des conditions pour (…) sortir de la crise sans traumatisme social… »
Raúl Castro Ruz
Discours de clôture du VI congrès du Parti Communiste de Cuba
19 avril 2011
Comparer une ville à un organisme vivant n'est pas quelque chose de nouveau. Nombreuses des fonctions quotidiennes d'une ville ressemblent aux fonctionnements propres aux organismes vivants. Mais les villes ne sont pas des organismes vivants. La vie les habite et celle-ci les érige, rend conforme la déambulation de ses animaux, ses plantes et, principalement, les êtres humains.
Une ville sans être humain sera toujours une ville abandonnée, même si les arbres croissent dans ses anciens salons et les animaux sauvages dans leurs espaces copulent dans ses endroits autrefois publics, une ville abandonnée est une ruine dans une forêt.
Le temps qu'elle passe inhabitée importe peu. Le sept mai 1986 la ville de Prípiat n'avait pas achevée vingt-quatre heures d'évacuation que c'était déjà une ruine. La ville construite pour les travailleurs de la centrale atomique de Tchernobyl a été vidée moins de dix jours après l'explosion qui a augmenté les niveaux de radiation de toute l'Europe. Le dernier résident portait dans son adieu le changement de condition de ce qui était une ville et est devenu, avec sa sortie, une ruine.
Une ville peut également montrer ses bâtiments en ruines et être habitée.
Une ruine habitée est une contradiction et suppose presque toujours un état transitoire. C'est le travail des habitants, celui qui lève une ville, la conserve et la transforme. Il n'est pas concevable que les êtres humains renoncent à ce qui leur est naturel : engager son énergie et sa force en créant un environnement digne pour elle et pour ceux qui les entourent. Seuls de grands accidents historiques justifient les ruines habitées, la fin des guerres, quand ceux qui retournent à leurs maisons trouvent le travail de toute une vie défait par le feu, la détérioration dont souffrent les grandes villes, quand elles perdent l'autorité qui les érige et laissent les habitants avec peu d'options face aux restes de la splendeur.
La ville de Nuremberg, en Allemagne, a dû être reconstruite presque totalement après que les bombardements alliés l'aient détruite à la fin de la seconde guerre mondiale ; la ville de Detroit, aux Etats-Unis, fait face aux conséquences du déboisement de la grande industrie automobile qui, dans la première moitié du XX siècle, a fait d'elle la quatrième ville la plus importante du pays et qui dans les dernières décennies a perdu presque la moitié de sa population.
C'est un moment de changement dans lequel l'être humain devra évaluer les nouvelles conditions et agir pour développer l'espace qu'il requière pour vivre. Peu de choses justifient une existence entre les ruines d'un temps meilleur, et toutes sont associées à la détérioration de ce qui chez les êtres humains est essentiel. L'origine de cet état - pour que de son intérieur ne surgisse pas le courage et la stratégie de dépassement de sa condition, pour qu'il ne génère pas d'associations et leur propre leadership des situations critiques, pour ne pas être mort - tient à ce qu'il soit soumis à une indigence morale et matériel immobilisante. Quelqu'un qui peut à peine lever le regard sans crainte qu'ils perçoivent son orgueil, incapable de bouger ses muscles pour qu'ils ne soupçonnent pas sa force ou de soutenir son raisonnement et éviter ainsi qu'ils le marquent pour son intelligence.
"Insuffler" est le verbe avec lequel a été dénommé l'acte d'animer l'inertie. Supposément l'homme a reçu la vie comme par une respiration et cela l'a changé en être animé. Mais c'était une respiration transfrontalière et l'animé pouvait à son tour animer. Il en résulte que la ville est très semblable à un organisme qui semble en vit. C'est par cela qu'une ville détruite - avec tous ses systèmes d'approvisionnement, de transport, de réseaux hydrauliques et électriques paralysés - peut montrer la vie qu'elle contient.
Parce que la ville n'est pas un organisme, cela peut passer. Dans l'immondice une femme peut concevoir un fils, quelqu'un peut donner une sépulture à un frère et tous sentir une espérance face à n'importe quel idée de changement.
Affamé, un enfant peut découvrir le coup de la goutte de la pluie sur le visage, être saisi des ombres de l'aube ou l'espace sans limite auquel il est ouvert face à la mer.
Trompée, souillée, humiliée, une femme peut sentir la vibration de la honte et comme une héroïne de marbre sauter du socle comme de la routine et jeter à terre ce qui condamne ses fils à l'émigration ou à la mort.
Comme dans la vie, rien dans une ruine habitée n'est ce qui a été et, de même, comme dans la vie rien n'est permanent. L'important c'est la respiration.
Des grilles laissées à l'arbitraire de l'intempérie, arrachées de leurs espaces originaux et réappropriées dans des espaces étrangers, des murs jetés au sol et ses briques cotées sur le marché gauche, des tuiles, des faïences, des poutres, des portes, des cristaux, tout a commencé à s'effondrer en ce qui n'a pas pu résister. Dans la stratégie de la misère la respiration vitale est prodigieuse parce qu'elle doit animer la mort. L'étranger à qui cette condition est étrangère, s'étonne après avoir vérifié qu'un corps décoloré peut transporter tant de force dans un panorama semblable, en sachant de plus que seul l'effort réussira à reproduire la condition du malheureux, tandis qu'une multitude de décalés insiste pour soutenir l'accablement dont elles ne sont pas victimes.
C'est le sort des ruines vivantes de protéger ceux qui les habitent et quand elles ne peuvent plus le faire, s'effondrer et s'offrir. Jusqu'à ce que l'amour des vivants trouve des similitudes dans la capacité de livraison des villes ruinées.
Deuxième Partie : Prison Kilo 5 et Demi à Pinar del Río
(N. du T. : la prison se trouve à 5,5 Km de la ville, d'où le nom)
Fragment de la bande audio de l'interview :
- Quand décides-tu de suivre la destination d'Horacio et partir de Ciego de Ávila à Pinar del Río ?
C'était difficile qu'on m'autorise, en tant que médecin, à faire des visites après le transfert d'Horace. Nous voulions que notre relation marchat et j'ai du m'installer ici. D'ailleurs, je ne pouvais pas tenir le rythme des déplacements depuis Ciego de Ávila.
Ça fait quatre ans que j'habite toute seule ici à Pinar del Río, je n'ai que sa famille à lui et les amis que j'ai fait depuis mon arrivée. Les familles des autres détenus m'ont appuyée, je logeais chez la famille de Víctor Rolando Arroyo, par exemple, quand je venais pour les visites.
Ça a été dur de me séparer de ma famille, je n'ai jamais imaginé d'habiter Pinar del Río et, cependant, me voilà. Et après ma belle mère est morte, ce fut un coup très dur pour Horacio et pour moi. Elle m'aidait en tout, elle est morte le 2 Mars 2008, d'un cancer.
Je suis restée bien seule, mais des mois plus tard Dieu ma donné la joie de tomber enceinte et aujourd'hui nous avons une fille agée d'un an et trois mois, elle porte le nom de la mère d'Horacio : Ada María, c'est la plus jeune Dame en Blanc.
Malgré tout cela je pense que nous sommes heureux, malgré être séparés nous avons beaucoup d'acquis : une famille sur une base solide. Les gens me disent que mon histoire resemble à un téléroman, ma mère pense que ça se voit rarement dans la vie de tous les jours. Nous deux, Horacio et moi, avons toujours eu la foi et parfois - ma mère me le dit aussi - je sens que c'est comme une mission, que Dieu seul sait pourquoi Il fait les choses ainsi.
Je ne peux pas dire que je sois complètement heureuse, il est sous les verrous et c'est très dur : nous sommes tous prisoniers, ce n'est pas une vie. J'amène ma fille à toutes les visites, ils jouent pendant deux heures et elle pleure en se séparant. Pour nous, en tant que parents, c'est aussi très difficile, il a raté beaucoup de choses : ses premiers pas, ses premiers mots. Horacio nous a beaucoup manqué, comme tant d'autres ont manqué à leurs enfants et leur épouse. Nous éspérons que tout s'arrangera et que nous pourrons vivre comme une famille, comme la famille que nous sommes en vérité.
- Es-tu toujours médecin à Pinar del Río ?
J'ai fini mon service social et j'ai continué à travailler ici, le transfert à été difficile, au début ils ne voulaient pas me donner un poste. Ma carrière est surtout pratique et j'ai toujours voulu travailler. La sécurité s'est arrangée pour que mon poste ici à Pinar del Río soit dans un endroit très écarté, il n'y avait même pas de route, il fallait s'y rendre dans une charette à cheval et ça a duré quelque six à huit mois. Quand j'étais enceinte je devais faire le voyage dans la charette avec mon gros ventre, pour aller et venir au travail tous les jours.
Avec le temps il m'ont rapproché un peu du village puis de la commune, mais malgré cela je suis loin. En tant qu'employée j'appartiens à la commune de Sandino, à trente kilomètres d'où habite la famille d'Horacio.
Ils m'ont fourni un travail, mais jamais ils ne m'ont rendu les choses faciles. Un ami médecin m'a dit quand je suis arrivée : est-tu prête pour ce que vas endurer ? Je suis convaincu que tu ne peux pas t'imaginer ce que tu vas avoir à sévir. Et c'est vrai, j'ai passé des momments très difficiles, et même pire quand j'etais enceinte, avec un ventre énorme de six, sept mois, toute seule dans une prison, j'arrivais avec trois ou quatre valises et les officiers sortaient une bascule pour commencer à me retirer des choses. Ces histoires tous les parents de prisoniers les avons vécu, mais je vois mon histoire en particulier et ce qu'on nous a fait et il y a de l'acharnement.
- Il y a-t-il un moment spécial que tu veuilles me raconter, quelque chose qui vous ait marqué en tant que couple ?
Nous avons eu des moments très durs, mais aussi très beaux dans notre relation. Je ne cache pas que parfois nous sommes tombés - comme tout le monde- mais nous avons toujours pu nous relever et la preuve la voilà : aujourd'hui nous sommes ensemble, au bout de presque sept ans de relations et plus unis que jamais, vraiment.
Il y a une histoire qui nous a marqués- c'est même marrant - parfois quelqu'un d'étranger l'écoute et lui semble normal, mais pour nous ça a un sens très spécial :
Une fois j'étais en consultation et il m'a appelé pour que je le soigne. Je pensais qu'il se sentait mal, je me suis fait du souci car j'ai cru que c'était grave. J'étais en train de faire ma consultation au milieu des détenus - le médecin de la prison généralement rentre et fait sa consultation à même la cellule - et le gardien m'a oubliée, il m'a laissée seule avec les condamnés. Je voyais Horacio qui ne cessait de m'appeler, tout à coup il est venu jusqu'à moi et sans prendre garde m'a serrée dans ses bras comme pour dire : personne n'y touche. C'est en comprenant ce qui se passait que j'ai eu peur. Après nous avons ri et je luis demandais: Qu'est-ce que tu comptais faire ? Ça a aboutit à ce qu'il me prène dans ses bras devant tout le monde !
- Quand vous êtes-vous mariés ?
Nous nous sommes mariés de 21 Mars 2007, le mariage s'est fait à la prison, quelque chose de très simple : nous avons fait venir un noraire, nous avons signé. Peut-être un jour nous pourrons mieux célébrer notre union, avec notre famille. Horacio a trois filles, l'ainée a 22 ans et nous est très proche, elle avait 16 ans quand son père a été condamné.
Peut-être avons nous obtenu des choses que d'autres couples avec une vie en commun n'ont pas réussi à avoir, je suis sure qu'il y a des ménages dans les rues, qui se voient chaque jour et qui n'ont pas ce que nous nous avons. Ce n'est pas un acte héroïque de ma part : Horacio vaut tout le sacrifice que j'ai fait, c'est lui qui m'inspire tout cela.
- Que penses-tu des pourparlers qui ont lieu en ce moment entre le gouvernement et l'Église Catholique ?
C'est très difficile d'avoir une fille seule, de voir comment cette fille marche, parle et grandit sans pouvoir voir son papa, la voir pleurer chaque fois qu'il se séparent. C'est très dur aussi de le voir lui tourner le dos et savoir qu'il demeure emprisonné derrière des barreaux, ne pas savoir s'il mangera, s'il sera bien. Donc, tant que ce ne sera pas contre nos principes, je remercie infiniment tout ce qui se fasse en faveur de sa liberté et de celle des autres détenus.
Il y a un mois, il n'y avait pas de lumière dans ma vie, je vivais juste pour vivre mais aujourd'hui j'ai l'espoir de pouvoir former une famille, de donner à ma fille un foyer stable. La place de son père est irremplaçable, ni les grand-parents ni personne d'autre peut la remplir, alors cette possibilité de vivre ensemble, d'avoir une vie normale, commme il se doit, c'est quelque chose que j'apprécie.
J'ai appris par hasard l'histoire de cette médecin de vingt-neuf ans et son mari, Horacio Piña Borrego, 42 ans, journaliste indépendant emprisonné pendant la cause des 75. Pendant que l'on me racontait l'odyssée de son destin il me semblait que je lisait un chapitre de "Les Hauts de Hurle-vent". Ces choses ne se passent pas dans la vraie vie, je pensais, et s'ils se passent, je dois aller parler à cette femme, je dois raconter cette histoire.
Un ami commun nous a connecté et j'ai décidé de lui téléphoner pour qu'elle me donne son témoignage. Les mots de Suyoani ont pénétré mon âme et, même si l'on dit que tout par téléphone est plus cool, j'ai aussi pleuré quand elle a pleuré de l'autre côté du combiné. Je ne pensé pas à publier une interview, plutôt raconter son histoire, mais après l'avoir enregistré, changer la vie de cette jeune fille avec mes mots me semblait un sacrilège.
Première partie: Prison de Canaleta, province de Ciego de Avila
Fragmento del audio de la entrevista:
- Comment as-tu rencontré Horacio dans la prison de Canaleta?
Nous nous sommes rencontrés pour la première fois dans une cellule de punition. Il a été choquant pour moi car je n'étais pas un médecin de la zone d'isolement, j'étais en service de permanence et on m'avait cherché parce que Horacio se sentait mal.
Quand je suis entré dans le couloir tout ce qu'il y avait été une ampoule à incandescence, la lumière du soleil n'y pénètre pas parce que les fenêtres sont fermées avec un morceau de zinc. C'était un vaste espace, je ne peux pas te dire la longueur, il est incomparable, il y avait beaucoup de cellules très petites, extrêmement petites. Et il y étaient cinq de la cause des 75: Raúl Rivero, Ariel Sigler Amaya, Luis Milán Fernández, Pedro Pablo Alvarez et mon mari, Horacio Piña.
Je me souviens que Horacio avait un mal de tête et de l'hypertension artérielle. Quand je l'ai vu à travers cette porte, ça a été extraordinaire, à partir de ce moment, nous avons tous deux réalisé que quelque chose allait se passer. À l'époque, je n'ai jamais pensé que nous allions finir par former un mariage, que au moment donné nous aurions même une fille. Cependant, c'était magique, j'ai beaucoup de foi et dans ces conditions, connaître une personne, tomber dans l'amour et formaliser après un mariage et une famille, il doit vraiment être l'oeuvre de Dieu.
- Pourquoi étaient les cinq dans des cellules de punition?
Il n'y avait aucune raison pour cela, c'était la place que les autorités ont cherché pour eux. Il s'agit de la cellule de punition pour les criminels de droit commun, mais c'est aussi la zone d'isolement. Quand ils ont étés emprisonnés on les avait mis là avec les condamnés à la mort et à la peine à perpétuité. Horacio y était un an et quatre mois.
- Quand est-ce que vous vous êtes rendus compte que vous étiez tombés amoureux?
Au début, nous étions juste des amis, en dépit qu'il y avait toujours beaucoup d'identification entre nous. Le treize mai 2004, nous avons eu le premier baiser, près d'un an après notre rencontre, parce que, comme il était dans la zone d'isolement, nous ne nous voyions pas si souvent, seulement une ou deux fois par mois.
Dans la prison le rapport des détenus avec les fonctionnaires et les médecins est très difficile, on m'a parlé très mal d'eux. Mon mari me raconte que plusieurs fois il a essayé de faire la conversation, mais il avait peur de me décevoir ou de me dire quelque chose de mal, en plus dans sa situation. J'avais envie de lui parler, mais j'avais aussi peur.
Il a fallu longtemps avant que nous nous parlions, seulement lorsque il a été transféré avec les autres prisonniers nous avons commencé à nous voir presque tous les jours et nous avons commencé la relation; je prenais soin des malades chroniques et il avait diverses maladies.
Notre union a été très forte, malgré autant d'adversité: nous n'avons jamais parlé de quelque chose de temporaire, au contraire, nous avons toujours fait des plans pour l'avenir. Nous avons eu beaucoup de difficultés parce qu'il y a des choses que l'on ne peut pas cacher: la Sécurité s'est rendu compte qu'il y avait quelque chose, que je les aidait, non seulement pas à lui mais aussi aux autres. Ils ont commencé à nous surveiller, malgré qu'ils ont jamais obtenu des preuves manifestes de notre relation, ils l'imaginaient. Après, Raúl Rivero a écrit un poème racontant notre histoire, et la Sécurité l'a trouvé.
Horacio est merveilleux, la personne que j'ai choisi comme modèle, je compte sur son soutien, il me donne une grande force de vivre et de continuer. Certaines personnes m'ont dit: "Mais comment est-ce possible? Tu es une jeune femme, tu as toute une vie devant toi. Que fais-tu unie à un homme condamné à vingt ans? Je simplement réponds: Mon mari en vaut la peine.
- Quelles sont les conséquences d'avoir étés découverts? Qu'est-ce qui s'est passé dans ta vie personnelle et professionnelle?
On est venu me chercher au cabinet, j'étais justement en train de soigner Horacio, ils sont arrivés cinq agents de la Sécurité et ils m'ont amené dans un bureau, tout cela est arrivé devant lui. Ce fut un moment terrible, il savait que quelque chose n'allait pas et il a dit aux policiers: "Interrogez moi, laissez-le!".
Ils ont essayé de me faire avouer. Je suis un médecin, j'étais un travailleur civil du Minint (Ministère de l'intérieur) et je faisais des services sociaux, on n'était qu'un homme et une femme, ils ne pouvaient pas m'accuser de quoi que ce soit. Ils ont essayé de m'intimider avec ma famille, me menaçaient: qu'ils allaient dire à mes parents. Un officier m'a demandé dans une interview comment était-il possible pour un médecin, diplômé dans la révolution, tomber en amour avec un terroriste. A cette occasion, je lui ai répondu: il semble que nous n'avons pas la même notion de terrorisme, Horacio Piña n'est pas un terroriste.
J'ai été transférée à une autre unité du Minint, et ensuite on l'a envoyé à Pinar del Rio. Le dernier entretien à Canaleta a été le 18 juillet. Horacio a été déplacé la nuit du 11 août au Combinado del Este (La Havane) et plus tard à Pinar del Rio. C'est à dire, il n'est resté que quelques jours à Ciego de Avila après que j'aurais été envoyée à l'autre unité, pour un travail plutôt bureaucratique, rien liées aux prisons. Ils ont dit qu'ils ne voulaient pas perdre un médecin, alors j'ai fait un échange de poste: une médecin d'une école était intéressé à changer d'emploi, elle a rejoint le Minint et je suis allé à l'école.
- Alors, on ne t'a pas laissé continuer à travailler dans les prisons?
Non, ils savaient que, étant donné que j'avais une relation avec lui, j'allais l'aider. Ils ne veulent pas, ne peuvent même pas imaginer qu'il y aie quelqu'un qui puisse rendre les choses plus faciles aux prisonniers. J'ai eu des moments de grande pression, un jour j'attendais le bus pour aller au travail, et à l'arrêt du bus une dame disait à un autre: "Il y a une médecin avec un terroriste de la prison ici à Canaleta".
Ce signe de "Docteur avec Terroriste", ce sont eux qui se sont pris en charge de le divulguer dans ma province. Pour ma famille ça était très difficile aussi, mes parents ont été convoqués au lieu de travail. C'étaient des moments très difficile pour tous, y compris lui, parce qu'il se sentait impuissant pendant que je souffrait toute cette situation.
- Qu'en est-il de ta famille, comment a-t-elle réagi à une telle pression?
J'ai une famille merveilleuse ... Je peux à peine parler. Dans le cas de mon père, parce que ma mère est une personne un peu plus calme, il m'a dit: - "Si nous ne t'aidons pas, qui va le faire? Tu es ma fille". Le souvenir me fait mal.
Le jour où la Sécurité m'a interrogé, ils ont aussi interrogé mon père. Le lendemain matin, je partait pour le travail et il m'a demandé si j'avais besoin qu'il m'accompagne:
- Papa, je peux aller seule- et il m'a dit.
- Lève ta tête alors, tu n'as rien fait pour aller avec la tête en bas.
Et pour ça je lui serai toujours remerciant, j'ai beaucoup vraiment à remercier aux deux parce que les deux travaillent et ils sont liés d'une façon ou d'une autre à ce gouvernement, avec le système. Une autre famille peut-être n'aurait pas adopté cette position. Les agents ont même demandé à mon père pourquoi je vivais encore sous son toit et il a affirmé: "Il n'y a pas question qu'elle quitte la maison, c'est ma fille et je l'aiderai à tout. Ainsi, il a toujours fait, ça fait maintenant près de sept ans et je suis ici à Pinar del Rio. Malgré d'être loin, ils n'ont m'a beaucoup aidé.
- Qu'en est-il des gens, quelle attitude ont ils pris devant la diffamation? Tes collègues, tes amis?
Nous avons reçu le soutien de nombreuses personnes, Horacio est très sociable et facile à aimer. Les infirmières nous ont beaucoup aidé et il soutient même la communication avec des gens de Canaleta. Je lui disais à l'époque "Tu as des yeux dans le dos" et il se justifiait, "Les amitiés m'alertent des dangers, me donnent des signales quand quelqu'un de pernicieux pour nous est près.
La Sécurité de l'état n'a pas réussi à nous enlever la solidarité des gens, cela est l'épine qu'ils ont coincé dans la gorge et c'est pourquoi ils ne m'ont pas laissé vivre en paix. J'ai toujours été persécutée, jamais j'ai eu un moment de tranquillité. Ici, à Pinar del Rio, par exemple, quand je commence à travailler dans un lieu, toujours la même chose arrive, au début personne ne dit rien, mais plus tard, lorsque nous nous connaissons mieux, les gens m'avouent: Docteur, je dois vous dire, avant de votre arrivée la Sécurité était ici et nous a dit que nous avions à faire rapport de tout ce que vous faisiez, le temps d'arrivée et de départ.
Ils ont appelé mes parents et ont insisté pour qu'ils me demandent de retourner, ils lui dissent qu'ils vont me donner un emploi, que je vais être situé dans la capitale provinciale, que rien ne m'arrivera ... même ça ils ont osé dire.
En tant que femme pratique, j'ai pensé profiter de mon voyage à Santa Clara pour acheter sur la route les produits qui sont difficiles à trouver à la capitale ou ont un prix fort élevé. Depuis que j'étais toute petite je me souvient des paysants en train de vendre au bord de la route. Eux mêmes sèment ou élèvent et vendent leurs marchandises directement aux voyaguers.
J'ai été surprise par le désert de vendeurs ambulants pendant des kilomètres et des kilomètres, ces agriculteurs ont une économie très précaire, et il est difficile de croire que la police cherche à les punir pour négocier avec ce qui nait de leurs propres mains. Dans de s maisons en bois et avec leurs vaches recensées, ils réussissent à alimenter pour quelques jours leurs familles en vendant quelques livres de fromage.
Il y en a encore quelques uns, il ne sont pas plus d'une vingtaine tout au long des kilomètres qui séparent la Havanne de Santa Clara. Peureux, quand la voiture s'arrete, il se raprochent avec précaution, car la PNR ("Police Nationale Révolutionnaire") les traque en se faisant passer par des clients.
Le garçon à qui j'ai pu finalement acherter du fromage n'avait pas 25 ans, c'est sur. Je lui ait demandé qu'est ce qui se passait quand ils étaitent pris: ils s'enfuient à toute vitesse, en essayant de sauver au moins quelque peu de leur marchandise, et les policiers leur courent après dans la montagne.
Ils leur courent après dans la montagne?!
Il est difficile de prendre au sérieux l'image ridicule d'un type en uniforme poursuivant dans un pré un paysant pour se saisir de vingt bananes. Vu que je n'allais pas faire un discours au pauvre garçon, j'ai simplement payé et je suis repartie, mais l'idée me ronde dans la tête: n'y a-t-il pas un million de personnes improductives qui touchent un salaire d'après le général Raúl Castro? Pourquoi ne pas commencer par démanteler ces postes déprédateurs de l'économie familiale et permettre aux agriculteurs de vendre leurs produits où il le veulent?
"Ne croyez pas, ne craignez pas, ne mendiez pas." Alexandre Soljenitsyne
Les derniers jours ont été étourdissants, partagé entre la joie et l'incertitude. Je n'ai pas dit au revoir à Pablo Pacheco, car il a été glissé hors du pays, je n'ai pas été capable de parler avec Pedro Argüelle et j'ai encore les yeux fixés sur l'image de Fariñas, figée dans l'instant où la grimace sur son visage quand il a essayé de prendre une gorgée de liquide qui était, pour lui, un agonie pure.
Je me sentais un peu déconnecté, courir ici et là, de Pinar del Rio à Santa Clara, restée renseigner sur tout ce qui passait par un vas et viens de messages texte que nous avons réussi à continuer entre amis. J'ai vu beaucoup de gens avec la foi qu'un jour nous vivrons dans un pays libre, j'ai été frappé par le réseau de solidarité en dehors de l'hôpital de Coco, plusieurs de ses fidèles amis et collègues désespérément assistaient aux hauts et bas de sa santé, jusqu'a ceux qui n'avait aucune idée, comme moi, qui est arrivé trois heures avant la visite; apportant tout ce qu'ils avaient, et qui n'est: presque rien. Je regrette sincèrement que pas un seul journaliste a pris la peine, jusqu'à maintenant, de parler avec ces gens qui pendant quatre mois, en silence, ont pris soin de la vie de l'homme le plus libre à Cuba.
Il est parfois troublant de voir tant de courage et de gentillesse dans les gens, comme la mère de Guillermo Fariñas; et tant d'indolence et tant d'hypocrisie dans les articles comme celui-ci *. Il ya des moments où il vaut mieux ne pas se connecter à Internet.
Cela me dérange profondément, horriblement, de voir la déception qui a été démontré envers les voix de la société civile dans la poursuite d'une politique opportuniste envers ceux qui vivent aujourd'hui dans mon pays: la libération des innocents. À quel moment dans l'histoire a été le dialogue entre l'Eglise et le gouvernement cubain, et avec M. Moratinos comme médiateur? Quand les prisonniers qui veulent vivre à Cuba sreont-ils libérés? Pourquoi, dans un aéroport international, "les gens libres" ne montent-ils pas à bord de l'avion comme le reste des passagers? S'ils peuvent venir à Cuba quand ils le veulent, pourquoi n'ont-ils pas pu dire au revoir à leurs amis d'aujourd'hui, ou arrêter et prendre une tasse de café à la maison avant de quitter l'île?
Aujourd'hui, pour la première fois que j'ai vu le visage de José Luis García Paneque dans une photo sur Internet, mes sentiments sont indescriptibles, ce poste deviendrait absurde si je me livrais à toutes mes questions. Je déteste dire cela, mais jusqu'à présent, un seul mot décrit l'accomplissement de ce dialogue unique qui exclut les protagonistes et les victimes de l'une des deux parties: l'exil.
Si au moins l'un des ex-prisonniers d'opinion libéré à Madrid met ses pieds sur le sol cubain de nouveau, quand Pedro Argüelles, Eduardo Díaz et Regis Iglesias seront à la maison, lorsque les laïcs Dagoberto Valdés et Osvaldo Payá seront invités à des négociations entre le gouvernement et l'Eglise Catholique, et pourront exprimer leurs opinions sur un pied d'égalité, alors nous serons engagés dans le dialogue; jusqu'à ce moment, nous parlons seulement de concessions, de la commodité et d'issues de secours.
* Note du traducteur: le lien pointe vers un article, en espagnol, intitulé «Les Cubains dissidents en Espagne font face à un avenir incertain»
Texte d'ouverture: "Mardi, 6 juin 2010, coins de 23 et L, Vedado, La Havane.
Juan Juan Almeida, après des semaines de grève de la faim, sort une seconde fois avec un signe pour revendiquer son droit de voyager pour des raisons de santé."
Du blog: La Grève la Faim Réponse de Guillermo Fariñas Hernández en ce qui concerne l'entrevue par Deisy Francis Mexidor, dans le Journal Granma, samedi le 3 Juillet 2010, avec le Chef dea soins intensifs à l'Hôpital Universitaire Arnaldo Milián Castro.
La réponse a été dicté par téléphone par Guillermo Fariñas à Licet Zamora Carrandi
Le journaliste Deisy Francis Mexidor a intentionnellement omis de détailler toute l'équipe médicale traitant Guillermo Fariñas Hernández. Il comprend: le Dr Armando Caballero López chef des soins intensifs et spécialiste dans le second degré, le Dr Elias Garcia Becker, au deuxième degré spécialiste de la nutrition parentérale, le Dr Luis Alberto Pérez Santos, au second degré spécialiste en soins intensifs, le Dr Mauro López Ortega, spécialiste du second degré en soins intensifs, le Dr Mario Rodríguez Domínguez, spécialiste du second degré en soins intensifs, le Dr Rodolfo Martínez Delgado, le Dr Israël Serra Machado, le Dr Ernesto Fernandez Aspiolea, spécialiste de premier degré en soins intensifs, le Dr Marcos Alonso Castro, spécialiste de premier degré en soins intensifs, le Dr Yoniel Rivero Lóbrega, résident de troisième année en soins intensifs et le Dr. Cartaya Carlos Herrera, qui ne fait pas partie de l'équipe médicale, car il remplit une mission au Venezuela, mais il est en visite à Cuba et il a participé, chaque matin, aux discussions de l'équipe médicale à l'égard de l'état d'avancement de Guillermo Fariñas, en raison de ses années d'expérience avec les diverses grèves réalisée précédemment.
Professeur Armando Caballero a fait une légère erreur parce que je suis entré pesant 53 kg le Mars 11, et à l'occasion j'ai été pesé autant que 69,75 kg. Tout cela a été merci au nutritionniste Dr Elias Becker, qui nous donne la certitude que Orlando Zapata Tamayo a été assassiné parce que si il avait reçu l'attention médicale que rapporte le journal Granma (les mêmes que j'ai reçu), à cette époque, il ne serait pas décédée .
Il a omis d'expliquer la raison de ma grève et suggéré dans le journal qu'il s'agit d'un suicide et il n'a pas été expliqué aux lecteurs que Guillermo Fariñas est en grève de la faim depuis le 24 Février, exigeant la libération conditionnelle de 25 des prisonniers politiques cubains enprisonné entant que prisonniers de conscience, parce qu'ils sont en mauvaise santé.
Je crois qu'en raison de mon état grave, ils ont utilisé l'humanitarisme des médecins pour préparer les médias internationaux pour ma mort à éventuelle. Je suis conscient que ma mort viendra et que c'est un honneur pour tenter de sauver la vie de 25 prisonniers politiques et de conscience que notre pays a besoin en tant que dirigeants. Les seuls responsables de ma mort éventuelle sont les frères Fidel et Raul Castro. J'ai confiance en l'équipe médicale et paramédical qui me traite. C'est pourquoi j'ai rejeté les différentes offres qui ont été faits pourme faire suivre dans d'autres pays. Je veux mourir dans mon pays sous le nez des dictateurs avec leurs fusils, leurs carabines, leurs canons et leurs bombes. Je n'ai que la moralité d'un membre du peuple ordinaire, induit en erreur et soumis depuis 51 ans par ceux qui ont des armes, de la violence, des lois totalitaires et de la mauvaise gestion de haut en bas.
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